Évaluation — Yvain affronte un chevalier

5e
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Évaluation – Yvain affronte un chevalier
Évaluation — Yvain affronte un chevalier

Yvain, chevalier de la cour du roi Arthur, s'est rendu seul en forêt de Brocéliande. Il a versé de l'eau sur un perron magique, déclenchant une terrible tempête sur les terres d'un chevalier voisin. Soudain arrive ce chevalier, Esclados le Roux, « plus brûlant de colère qu'une braise » : il vient venger les dégâts causés sur ses terres.

Aussitôt qu'ils se furent mutuellement aperçus, les chevaliers se précipitèrent l'un sur l'autre et montrèrent par leurs actes qu'ils se haïssaient mortellement tous les deux. Chacun a une lance dure et forte et ils se donnent de si grands coups qu'ils transpercent tous deux leurs écus suspendus à leurs cous, que leurs hauberts se déchirent, que leurs lances se fendent et volent en éclats et que les tronçons1 sautent en l'air.

Ils s'attaquent à l'épée, et, à force de frapper, ils finissent par couper les courroies des écus et par déchiqueter2 entièrement ces derniers, et par-dessus et par-dessous, si bien que les lambeaux en pendent et qu'ils ne peuvent ni s'en couvrir ni s'en protéger. En effet, ils en ont si bien fait de la dentelle, que c'est en toute liberté que, sur les flancs3, sur les bras et sur les hanches, ils se frappent de leurs épées étincelantes. Férocement, ils s'affrontent, sans jamais bouger de la même position, pas plus que s'ils étaient deux rochers de grès.

Jamais encore deux chevaliers n'avaient été aussi acharnés à hâter leur mort. Ils n'ont aucune envie de gaspiller leurs coups, car ils les assènent4 du mieux qu'ils peuvent : les heaumes se cabossent et fléchissent et les mailles des hauberts volent, si bien qu'ils ôtent pas mal de sang. Les hauberts sont si échauffés par leurs propres corps, qu'ils ne leur sont guère plus utiles qu'un froc5. En plein visage, ils se frappent d'estoc6, et c'est merveille qu'une bataille aussi féroce et aussi dure se prolonge tant.

Mais tous deux ont un si grand courage, qu'à aucun prix l'un n'abandonnerait à l'autre un seul pied de terrain, s'il ne le blessait à mort. Sur un point précis, ils se comportèrent en hommes parfaitement respectueux des règles : pas un instant, à aucun endroit, ils ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux : ce n'était ni leur intention ni leur façon de faire ; mais continuellement, ils se tinrent à cheval, sans mettre pied à terre une seule fois : ainsi la bataille en fut-elle plus belle.

À la fin, monseigneur Yvain fendit en quatre le heaume du chevalier. Sous l'effet du choc, l'autre fut secoué comme par un coup de tonnerre et vidé de sa force : il se trouva paralysé. Jamais il n'avait essuyé un coup aussi terrible : notre héros lui avait fendu la tête jusqu'au cerveau. L'autre en ressentit une si grande douleur qu'il faillit en mourir. S'il s'enfuit, il ne se mit pas dans son tort, car il se sentait blessé à mort ; il ne lui servait à rien de se défendre. Se ressaisissant, il s'enfuit aussitôt vers son château.

1 tronçons : morceaux de lance brisée.   2 déchiqueter : couper en morceaux irréguliers.   3 flancs : côtés du corps.   4 assènent : donnent avec violence.   5 froc : vêtement de moine, donc inutile comme protection.   6 d'estoc : de la pointe de l'épée.
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion, traduction de C.A. Chevalier.
Nom, Prénom : ……………………………… Classe : ………
Note :     / 20
Compréhension du texte14 points
1. Qui sont les deux chevaliers qui s'affrontent ? Pourquoi ce combat a-t-il lieu ? Rédigez votre réponse en quelques phrases. (3 pts)
2. Quelles sont les deux phases du combat ? Citez une phrase du texte pour illustrer chacune d'elles. (2 pts)
3. Relevez la phrase qui montre que les deux chevaliers respectent une règle de la chevalerie. Expliquez ce que cette règle révèle de leur comportement. (3 pts)
4. Comment se termine le combat ? Qui remporte la victoire, et comment ? (2 pts)
5. Relevez un passage qui montre la violence du combat. Expliquez ce qu'il nous apprend sur les deux chevaliers. (2 pts)
6. À votre avis, ce combat est-il honorable ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte. (2 pts)
Questions de langue6 points
7. Dans la phrase : « À la fin, monseigneur Yvain fendit en quatre le heaume du chevalier », identifiez le sujet du verbe fendit et donnez sa nature. (2 pts)

Sujet : 

Nature : 

8. Dans la phrase : « Jamais encore deux chevaliers n'avaient été aussi acharnés à hâter leur mort », donnez un synonyme du mot acharnés tel qu'il est employé ici. (2 pts)
9. Réécrivez le passage suivant en remplaçant ils par Yvain (un seul chevalier). Faites tous les changements nécessaires. (2 pts)
« Ils n'ont aucune envie de gaspiller leurs coups, car ils les assènent du mieux qu'ils peuvent. »

Correction

Yvain affronte un chevalier…

Yvain, chevalier de la cour du roi Arthur, s'est rendu seul en forêt de Brocéliande. Il a versé de l'eau sur un perron magique, déclenchant une terrible tempête sur les terres d'un chevalier voisin. Soudain arrive ce chevalier, Esclados le Roux, « plus brûlant de colère qu'une braise » : il vient venger les dégâts causés sur ses terres.

Aussitôt qu'ils se furent mutuellement aperçus, les chevaliers se précipitèrent l'un sur l'autre et montrèrent par leurs actes qu'ils se haïssaient mortellement tous les deux. Chacun a une lance dure et forte et ils se donnent de si grands coups qu'ils transpercent tous deux leurs écus suspendus à leurs cous, que leurs hauberts se déchirent, que leurs lances se fendent et volent en éclats et que les tronçons1 sautent en l'air.

Ils s'attaquent à l'épée, et, à force de frapper, ils finissent par couper les courroies des écus et par déchiqueter2 entièrement ces derniers, et par-dessus et par-dessous, si bien que les lambeaux en pendent et qu'ils ne peuvent ni s'en couvrir ni s'en protéger. En effet, ils en ont si bien fait de la dentelle, que c'est en toute liberté que, sur les flancs3, sur les bras et sur les hanches, ils se frappent de leurs épées étincelantes. Férocement, ils s'affrontent, sans jamais bouger de la même position, pas plus que s'ils étaient deux rochers de grès.

Jamais encore deux chevaliers n'avaient été aussi acharnés à hâter leur mort. Ils n'ont aucune envie de gaspiller leurs coups, car ils les assènent4 du mieux qu'ils peuvent : les heaumes se cabossent et fléchissent et les mailles des hauberts volent, si bien qu'ils ôtent pas mal de sang. Les hauberts sont si échauffés par leurs propres corps, qu'ils ne leur sont guère plus utiles qu'un froc5. En plein visage, ils se frappent d'estoc6, et c'est merveille qu'une bataille aussi féroce et aussi dure se prolonge tant.

Mais tous deux ont un si grand courage, qu'à aucun prix l'un n'abandonnerait à l'autre un seul pied de terrain, s'il ne le blessait à mort. Sur un point précis, ils se comportèrent en hommes parfaitement respectueux des règles : pas un instant, à aucun endroit, ils ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux : ce n'était ni leur intention ni leur façon de faire ; mais continuellement, ils se tinrent à cheval, sans mettre pied à terre une seule fois : ainsi la bataille en fut-elle plus belle.

À la fin, monseigneur Yvain fendit en quatre le heaume du chevalier. Sous l'effet du choc, l'autre fut secoué comme par un coup de tonnerre et vidé de sa force : il se trouva paralysé. Jamais il n'avait essuyé un coup aussi terrible : notre héros lui avait fendu la tête jusqu'au cerveau. L'autre en ressentit une si grande douleur qu'il faillit en mourir. S'il s'enfuit, il ne se mit pas dans son tort, car il se sentait blessé à mort ; il ne lui servait à rien de se défendre. Se ressaisissant, il s'enfuit aussitôt vers son château.

1 tronçons : morceaux de lance brisée.   2 déchiqueter : couper en morceaux irréguliers.   3 flancs : côtés du corps.   4 assènent : donnent avec violence.   5 froc : vêtement de moine, donc inutile comme protection.   6 d'estoc : de la pointe de l'épée.
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion, traduction de C.A. Chevalier.
Compréhension du texte 14 points
Yvain est un chevalier de la cour du roi Arthur. Esclados le Roux est le gardien de la fontaine. Ils se battent parce qu'Yvain a déclenché une tempête sur les terres d'Esclados.1 pt : identification d'Yvain — 1 pt : identification d'Esclados — 1 pt : cause du combat

Phase 1 — à la lance : « ils se donnent de si grands coups qu'ils transpercent tous deux leurs écus ». Phase 2 — à l'épée : « Ils s'attaquent à l'épée, et, à force de frapper, ils finissent par couper les courroies des écus ».1 pt par phase correctement nommée et citée

« pas un instant, à aucun endroit, ils ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux ». Même en plein combat, les deux chevaliers refusent de blesser leurs chevaux. Cela montre qu'ils respectent un code d'honneur : la violence a des limites.1 pt : relevé de la phrase — 1 pt : explication de la règle — 1 pt : interprétation du comportement

Yvain remporte la victoire : il « fendit en quatre le heaume du chevalier » et lui « avait fendu la tête jusqu'au cerveau ». Blessé à mort, Esclados s'enfuit vers son château.1 pt : vainqueur — 1 pt : dénouement cité

Exemple : « Jamais encore deux chevaliers n'avaient été aussi acharnés à hâter leur mort. » Ce passage montre que les deux chevaliers sont obstinés et courageux : aucun ne recule, même épuisé et blessé.1 pt : citation pertinente — 1 pt : explication juste
Toute citation du texte montrant la violence est acceptée, à condition d'être expliquée.

Exemple oui : ils respectent les règles (« ils ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux »), ils combattent avec courage et égalité. Exemple non : ils sont « acharnés à hâter leur mort », sans pitié ni retenue.1 pt : prise de position claire — 1 pt : justification appuyée sur le texte
Les deux positions sont acceptées si elles s'appuient sur le texte.
Questions de langue 6 points
Sujet : monseigneur Yvain — Nature : groupe nominal (GN).1 pt : identification correcte — 1 pt : nature correcte

Synonymes acceptés : déterminés, obstinés, tenaces.2 pts : synonyme juste — 1 pt : synonyme approximatif — 0 pt : contresens

« Yvain n'a aucune envie de gaspiller ses coups, car il les assène du mieux qu'il peut. »
Formes à modifier : Ils n'ont → Yvain n'a · leurs coups → ses coups · ils les assènent → il les assène · qu'ils peuvent → qu'il peut.0,5 pt par forme correcte × 4