Lecture 2 – Un maître et son valet

5e
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Rappels

Rappel de la séance précédente
Quelle mauvaise nouvelle Octave apprend-il au début de la pièce ?
Son père revient de voyage et veut lui faire épouser une inconnue, alors qu'Octave s'est secrètement marié.

Activité 1 - Lire le texte

Avant la lecture
D'après le titre, quel personnage va selon vous dominer la scène ?
Vocabulaire
Grand navire à rames utilisé autrefois en mer Méditerranée.
Ancienne pièce de monnaie française. Cinq cents écus, c'est une fortune .
En pouvoir d'achat, cinq cents écus représentaient à peu près le salaire annuel d'un artisan, soit dans les 15 000 à 20 000 euros aujourd'hui.

Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.

Les Fourberies de Scapin, acte II, scène 7

Scapin veut se venger de Géronte, le père de Léandre. Pour obtenir de l'argent, il lui fait croire que son fils a été enlevé par des Turcs sur une galère et qu'il faut payer une rançon de cinq cents écus pour le libérer.

Scapin — Monsieur, votre fils est dans une peine, une peine terrible.

Géronte — Qu'est-ce donc ? Qu'y a-t-il ?

Scapin — Je le trouvai, il n'y a pas longtemps, tout triste, de je ne sais quoi que vous lui avez dit, et pour dissiper sa mélancolie, je l'emmenai promener sur le port. Là, entre autres choses, nous avisâmes une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine nous invita d'y entrer, et nous donna la collation1 la plus propre du monde. Cependant que nous mangions, il fit mettre la galère en mer, et se voyant en pleine eau, il me fit mettre dans un esquif2 et m'envoya à terre ; et il m'ordonne d'aller vous dire que si vous ne lui envoyez pas dans deux heures cinq cents écus, il va passer votre fils en Turquie.

Géronte — Comment, cinq cents écus !

Scapin — Oui. Et encore n'a-t-il pas beaucoup de temps.

Géronte — Ah ! le traître de Turc ! Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Scapin — Il ne songeait pas à ce malheur.

Géronte — Il faut, Scapin, que tu fasses dans cette affaire quelque chose pour moi.

Géronte — Je vais envoyer la justice après lui.

Scapin — La justice, en pleine mer ! Vous vous moquez. D'ailleurs vous perdriez trop de temps, et votre fils risquerait d'être emmené avant que vous eussiez rien fait.

Géronte — Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Scapin — Ne vous amusez point, de grâce, à répéter ce mot inutilement, mais songez à me donner vite de l'argent pour le tirer de là.

Géronte — Tiens, voilà la clef de mon armoire.

Scapin — Bon.

Géronte — Tu l'ouvriras.

Scapin — Bon.

Géronte — Tu trouveras une grande clef du côté gauche qui est la clef de mon grenier.

Scapin — Bon.

Géronte — Tu monteras là haut, et tu vendras toutes les hardes3 que tu trouveras dans un vieux coffre.

Scapin — Bon. Et puis ?

Géronte — Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Scapin — Oui, mais hâtez-vous, votre fils risque d'être mené en Turquie.

Géronte[Il tire sa bourse, qu'il semble prêt à donner, puis la remet dans sa poche.] Tiens. Va, Scapin, je me souviens maintenant que je viens justement de recevoir cette somme en or. Mais je te la baillerai4 une autre fois.

Molière, Les Fourberies de Scapin, acte II, scène 7, 1671.
1. la collation la plus propre du monde : le repas le plus soigné qui soit.
2. un esquif : une petite embarcation légère.
3. les hardes : de vieux vêtements usagés.
4. je te la baillerai : je te la donnerai.

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

1. À votre avis, qui mène vraiment la scène : Scapin ou Géronte ?
C'est Scapin qui mène la scène.
2. Que veut Scapin dans cette scène, et comment s'y prend-il pour l'obtenir ?
Il veut obtenir de l'argent de Géronte. Pour cela, il invente une histoire : son fils aurait été enlevé par des Turcs et il faudrait payer cinq cents écus pour le libérer.
3. Géronte s'empresse-t-il de payer pour sauver son fils ?
Non, il cherche à éviter de payer.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Cherchez les répliques où Géronte ne dit pas « je vais payer ». Que propose-t-il à la place ? Qu'est-ce que cela dit de lui ?
  • Il veut envoyer la justice après le Turc.
  • Il propose de vendre ses vieux vêtements.
  • À la fin, il remet la bourse dans sa poche alors qu'il a l'argent.
Cela montre qu'il est avare : il préfère tout faire plutôt que de dépenser son argent, même pour sauver son propre fils.

Cherchez dans le texte les passages où Géronte dit exactement la même chose. Comptez. Juste avant, qu'est-ce que Scapin était en train de lui expliquer ?
« Que diable allait-il faire dans cette galère ? » — cette réplique apparaît sept fois. À chaque fois, Scapin vient de trouver une nouvelle raison pour que Géronte paie. Cela montre que Géronte ne trouve rien à répondre : au lieu de chercher à sauver son fils, il répète la même phrase inutile.

Si Géronte disait quelque chose de différent à chaque fois, le spectateur serait surpris. Qu'est-ce qui se passe quand on entend la même phrase trois fois de suite ? Est-ce que cela fait rire ou non ?
Quand on entend la même réplique plusieurs fois, cela fait rire parce que c'est inattendu et absurde. Molière montre aussi que Géronte ne pense qu'à une chose : l'argent qu'il va perdre. Il ne cherche pas vraiment à sauver son fils. La répétition rend son avarice très visible.

Activité 4 - Faire le bilan

4. Selon vous, qu'est-ce qui rend Géronte comique dans cette scène ?
Géronte est comique parce qu'il est avare et égoïste : au lieu de payer pour sauver son fils, il cherche à tout prix à garder son argent. Il répète aussi sans cesse la même réplique inutile, ce qui le rend ridicule aux yeux du spectateur.
Bilan :
Dans la scène II, 7 des Fourberies de Scapin, Scapin trompe Géronte pour lui soutirer de l'argent. Géronte est avare et égoïste : il refuse de payer pour sauver son propre fils. Ces défauts le rendent ridicule. Pour faire rire le spectateur, Molière utilise plusieurs types de comique (voir fiche de vocabulaire).

Activité 5 - Prendre des notes

Les types de comique
1. Dans la dernière réplique de Géronte, que fait-il avec sa bourse selon la didascalie ? Pourquoi cela fait-il rire ?
Géronte tire sa bourse comme s'il allait payer, puis la remet dans sa poche. Ce geste contredit ce qu'il dit — il prétend vouloir aider son fils mais son corps trahit son avarice.

On appelle cela le comique de gestes : le rire vient des actions et des mouvements des personnages.

2. Retrouvez la réplique que Géronte répète trois fois. À chaque fois, dans quelle situation se trouve-t-il ?
Géronte répète trois fois « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » À chaque fois, Scapin vient de lui trouver une nouvelle raison de payer. Au lieu de répondre, Géronte ressasse la même plainte inutile.

On appelle cela le comique de répétition : le rire vient de la répétition d'un même mot, geste ou son.

3. Quand Géronte lui explique comment trouver l'argent, que répond Scapin à chaque fois ? Quel effet cela produit-il ?
Scapin répond à chaque fois par un seul mot : « Bon. » puis « Bon. » puis « Bon. Et puis ? » Ces monosyllabes montrent qu'il ne prend pas au sérieux les propositions ridicules de Géronte — et le spectateur comprend qu'il se moque.

On appelle cela le comique de mots : le rire vient du langage — mots répétés, réponses absurdes ou décalées.

4. Observez les solutions que Géronte propose pour éviter de payer. Que révèlent-elles sur son caractère ?
Géronte propose d'envoyer la justice, de vendre ses vieux vêtements, et finit par remettre sa bourse dans sa poche alors qu'il a l'argent. Son avarice excessive et son égoïsme le rendent ridicule aux yeux du spectateur.

On appelle cela le comique de caractère : le rire vient des défauts ou des traits exagérés d'un personnage.

5. Quelle est la situation absurde dans laquelle se trouve Géronte dans cette scène ? Pourquoi est-ce drôle ?
Géronte est un père riche dont le fils est en danger — il devrait tout faire pour le sauver. Mais il marchande, tergiverse et finit par garder son argent. C'est le contraire de ce qu'on attendrait d'un père : la situation est absurde, ce qui fait rire.

On appelle cela le comique de situation : le rire vient de la situation elle-même — inattendue, absurde ou embarrassante.