Lecture 3 – L'affaire est dans le sac
- Lire : Comprendre le rôle des didascalies dans un texte de théâtre.
- Interpréter : Identifier les différents types de comique à l'œuvre dans une scène.
- Comprendre comment Molière utilise les didascalies et les types de comique pour faire rire le spectateur.
Comment Molière fait-il rire le spectateur dans la scène du sac ?
Activités
- Entrée du programme : Avec autrui : famille, amis, réseaux — Cycle 4, 5e
- Œuvre : Les Fourberies de Scapin, Molière, 1671
- Problématique du projet d'apprentissage : Comment Scapin, simple valet, utilise-t-il la ruse et le mensonge pour faire rire le spectateur ?
- Compétence majeure : Lire — Comprendre et interpréter le parcours d'un personnage afin d'appréhender les enjeux de l'œuvre et la situer dans son contexte
- Compétences mineures :
- Oral — Comparer les langages différents d'une œuvre littéraire et d'une œuvre artistique (extraits de mises en scène)
- Écriture — Écrire un texte personnel pour rendre compte de sa réception et s'approprier sa lecture
- Évaluation : Les aveux de Scapin — Acte II, scène 3 (Octave / Scapin / Léandre)
- Projet de production associé : PA 8 — Jouer une scène de théâtre
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
Acte III, scène 2 — Géronte, Scapin
Géronte – Que ferai-je, mon pauvre Scapin ?
Scapin – Je ne sais pas, Monsieur, et voici une étrange affaire. Je tremble pour vous depuis les pieds jusqu'à la tête, et… Attendez. (Il se retourne, et fait semblant d'aller voir au bout du théâtre s'il n'y a personne.)
Géronte, en tremblant. – Eh ?
Scapin, en revenant. – Non, non, non, ce n'est rien.
Géronte – Ne saurais-tu trouver quelque moyen pour me tirer de peine ?
Scapin – J'en imagine bien un ; mais je courrais risque moi, de me faire assommer.
Géronte – Eh ! Scapin, montre-toi serviteur zélé : ne m'abandonne pas, je te prie.
Scapin – Je le veux bien. J'ai une tendresse pour vous qui ne saurait souffrir que je vous laisse sans secours.
Géronte – Tu en seras récompensé, je t'assure ; et je te promets cet habit-ci, quand je l'aurai un peu usé.
Scapin – Attendez. Voici une affaire que je me suis trouvée fort à propos pour vous sauver. Il faut que vous vous mettiez dans ce sac et que…
Géronte, croyant voir quelqu'un. – Ah !
Scapin – Non, non, non, non, ce n'est personne. Il faut, dis-je, que vous vous mettiez là dedans, et que vous gardiez de remuer en aucune façon. Je vous chargerai sur mon dos, comme un paquet de quelque chose, et je vous porterai ainsi au travers de vos ennemis, jusque dans votre maison, où quand nous serons une fois, nous pourrons nous barricader, et envoyer quérir main-forte contre la violence.
Géronte – L'invention est bonne.
Scapin – La meilleure du monde. Vous allez voir. (À part.) Tu me payeras l'imposture.
Géronte – Eh ?
Scapin – Je dis que vos ennemis seront bien attrapés. Mettez-vous bien jusqu'au fond, et surtout prenez garde de ne vous point montrer, et de ne branler pas, quelque chose qui puisse arriver.
Géronte – Laisse-moi faire. Je saurai me tenir…
Scapin – Cachez-vous. Voici un spadassin qui vous cherche. (En contrefaisant sa voix.) « Quoi ? Jé n'aurai pas l'abantage dé tuer cé Geronte, et quelqu'un par charité né m'enseignera pas où il est ? » (À Géronte avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas. (Reprenant son ton contrefait.) « Cadédis, jé lé trouberai, sé cachât-il au centre dé la terre. » (À Géronte avec son ton naturel.) Ne vous montrez pas. (Tout le langage gascon est supposé de celui qu'il contrefait, et le reste de lui.) « Oh, l'homme au sac ! » Monsieur. « Jé té vaille un louis, et m'enseigne où put être Géronte. » Vous cherchez le seigneur Géronte ? « Oui, mordi ! Jé lé cherche. » Et pour quelle affaire, Monsieur ? « Pour quelle affaire ? » Oui. « Jé beux, cadédis, lé faire mourir sous les coups de vaton. » Oh ! Monsieur, les coups de bâton ne se donnent point à des gens comme lui, et ce n'est pas un homme à être traité de la sorte. « Qui, cé fat dé Geronte, cé maraut, cé velître ? » Le seigneur Géronte, Monsieur, n'est ni fat, ni maraud, ni bélître, et vous devriez, s'il vous plaît, parler d'autre façon. « Comment, tu mé traites, à moi, avec cette hautur ? » Je défends, comme je dois, un homme d'honneur qu'on offense. « Est-ce que tu es des amis dé cé Geronte ? » Oui, Monsieur, j'en suis. « Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la vonne hure. » (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac.) « Tiens. Boilà cé que jé té vaille pour lui. » Ah, ah, ah ! Ah, Monsieur ! Ah, ah, Monsieur ! Tout beau. Ah, doucement, ah, ah, ah ! « Va, porte-lui cela de ma part. Adiusias. » Ah ! diable soit le Gascon ! Ah ! (En se plaignant et remuant le dos, comme s'il avait reçu les coups de bâton.)
Géronte – Ah ! Scapin, je n'en puis plus !
Scapin – Ah ! Monsieur, je suis tout moulu, et les épaules me font un mal épouvantable.
Géronte – Comment ? c'est sur les miennes qu'il a frappé.
Scapin – Nenni, Monsieur, c'était sur mon dos qu'il frappait.
Géronte – Que veux-tu dire ? J'ai bien senti les coups, et les sens bien encore.
Scapin – Non, vous dis-je, ce n'est que le bout du bâton qui a été jusque sur vos épaules.
Géronte – Tu devais donc te retirer un peu plus loin, pour m'épargner…
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
— (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac) → Scapin doit frapper le sac — et donc Géronte — en secret.
— (En se plaignant et remuant le dos, comme s'il avait reçu les coups de bâton) → Scapin doit jouer la douleur pour faire croire à Géronte que c'est lui qui a souffert.
— Il est incapable de se débrouiller seul : il supplie Scapin, « montre-toi serviteur zélé : ne m'abandonne pas. »
— Il est avare : il promet à Scapin « cet habit-ci, quand je l'aurai un peu usé » — une récompense dérisoire.
— Il est égoïste : il reproche à Scapin de ne pas s'être éloigné, « pour m'épargner » — sans penser à la douleur de Scapin.
Activité 4 - Faire le bilan
Les didascalies sont des indications écrites par l'auteur pour guider le jeu des acteurs : elles ne font pas partie des dialogues. Dans la scène du sac, Molière combine quatre types de comique : le comique de caractère (les défauts de Géronte), le comique de gestes (les coups de bâton), le comique de mots (l'accent gascon) et le comique de situation (le spectateur voit la fourberie, pas Géronte). C'est cette combinaison qui en fait l'une des scènes les plus célèbres du théâtre de Molière.
Activité 5 - Grammaire
— Phrase impérative : « Cachez-vous. » → adressée à Géronte (voix ordinaire de Scapin). Scapin lui donne un ordre pour qu'il reste dans le sac.
— Phrase interrogative : « Et pour quelle affaire, Monsieur ? » → adressée au spadassin imaginaire (voix contrefaite). Scapin fait semblant d'interroger un inconnu.
Autres réponses possibles :
— Impérative : « Tenez-vous bien. » / « Ne vous montrez pas. » / « Mettez-vous bien jusqu'au fond. »
— Interrogative : « Vous cherchez le seigneur Géronte ? »