Évaluation – Antigone
- Lire et comprendre un texte de théâtre en mobilisant les savoirs construits au cours de la séquence.
- Identifier et analyser des procédés d'écriture (stichomythie, didascalie) en s'appuyant sur le texte.
- Évaluer la compréhension d'un texte de théâtre inconnu et la maîtrise des notions travaillées dans la séquence.
Support
Activités
- Entrée du programme : Avec autrui : famille, amis, réseaux — Cycle 4, 5e
- Œuvre : Les Fourberies de Scapin, Molière, 1671
- Problématique du projet d'apprentissage : Comment Scapin, simple valet, utilise-t-il la ruse et le mensonge pour faire rire le spectateur ?
- Compétence majeure : Lire — Comprendre et interpréter le parcours d'un personnage afin d'appréhender les enjeux de l'œuvre et la situer dans son contexte
- Compétences mineures :
- Oral — Comparer les langages différents d'une œuvre littéraire et d'une œuvre artistique (extraits de mises en scène)
- Écriture — Écrire un texte personnel pour rendre compte de sa réception et s'approprier sa lecture
- Évaluation : Les aveux de Scapin — Acte II, scène 3 (Octave / Scapin / Léandre)
- Projet de production associé : PA 8 — Jouer une scène de théâtre
Sujet
Antigone, la fille d'Œdipe, a décidé de désobéir à Créon, roi de Thèbes, et d'enterrer son frère Polynice, malgré l'édit qui l'interdit sous peine de mort. Avant de passer à l'acte, elle retrouve sa sœur Ismène.
ISMÈNE — Tu sais, j'ai bien pensé, Antigone.
ANTIGONE — Oui.
ISMÈNE — J'ai bien pensé toute la nuit. Tu es folle.
ANTIGONE — Oui.
ISMÈNE — Nous ne pouvons pas.
ANTIGONE, après un silence, de sa petite voix. — Pourquoi ?
ISMÈNE — Il nous ferait mourir.
ANTIGONE — Bien sûr. À chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. C'est comme cela que ça a été distribué. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions ?
ISMÈNE — Je ne veux pas mourir.
ANTIGONE, doucement. — Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.
ISMÈNE — Écoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée. Je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée. Je réfléchis.
ANTIGONE — Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.
ISMÈNE — Si, Antigone. D'abord c'est horrible, bien sûr, et j'ai pitié moi aussi de mon frère, mais je comprends un peu notre oncle.
ANTIGONE — Moi je ne veux pas comprendre un peu.
ISMÈNE — Il est le roi, il faut qu'il donne l'exemple.
ANTIGONE — Moi, je ne suis pas le roi. Il ne faut pas que je donne l'exemple, moi... Ce qui lui passe par la tête, la petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise, et puis on la met dans un coin ou dans un trou. Et c'est bien fait pour elle. Elle n'avait qu'à ne pas désobéir !
ISMÈNE — Écoute-moi. J'ai raison plus souvent que toi.
ANTIGONE — Je ne veux pas avoir raison.
ISMÈNE — Essaie de comprendre au moins !
ANTIGONE — Comprendre... Vous n'avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu'on ne peut pas toucher à l'eau, à la belle eau fuyante et froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant.
ISMÈNE — Il est plus fort que nous, Antigone. Il est le roi. Et ils pensent tous comme lui dans la ville. Ils sont des milliers et des milliers autour de nous, grouillant dans toutes les rues de Thèbes.
ANTIGONE — Je ne t'écoute pas.
ISMÈNE, se jette contre elle. — Antigone ! Je t'en supplie ! C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Toi tu es une fille.
ANTIGONE, les dents serrées. — Une fille, oui. Ai-je assez pleuré d'être une fille !
ISMÈNE — Ton bonheur est là devant toi et tu n'as qu'à le prendre. Tu es fiancée, tu es jeune, tu es belle...
ANTIGONE, sourdement. — Non, je ne suis pas belle.
ISMÈNE, après un temps. — Et Hémon, Antigone ?
ANTIGONE, fermée. — Je parlerai tout à l'heure à Hémon : Hémon sera tout à l'heure une affaire réglée.
ISMÈNE — Tu es folle.
ANTIGONE, sourit. — Tu m'as toujours dit que j'étais folle, pour tout, depuis toujours.
Jean Anouilh, Antigone, 1944, © Éditions de La Table Ronde, 1946.
Nature :
Fonction :
Correction
Ismène et Antigone
ISMÈNE — Tu sais, j'ai bien pensé, Antigone.
ANTIGONE — Oui.
ISMÈNE — J'ai bien pensé toute la nuit. Tu es folle.
ANTIGONE — Oui.
ISMÈNE — Nous ne pouvons pas.
ANTIGONE, après un silence, de sa petite voix. — Pourquoi ?
ISMÈNE — Il nous ferait mourir.
ANTIGONE — Bien sûr. À chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. C'est comme cela que ça a été distribué. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions ?
ISMÈNE — Je ne veux pas mourir.
ANTIGONE, doucement. — Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.
ISMÈNE — Écoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée. Je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée. Je réfléchis.
ANTIGONE — Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.
ISMÈNE — Si, Antigone. D'abord c'est horrible, bien sûr, et j'ai pitié moi aussi de mon frère, mais je comprends un peu notre oncle.
ANTIGONE — Moi je ne veux pas comprendre un peu.
ISMÈNE — Il est le roi, il faut qu'il donne l'exemple.
ANTIGONE — Moi, je ne suis pas le roi. Il ne faut pas que je donne l'exemple, moi... Ce qui lui passe par la tête, la petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise, et puis on la met dans un coin ou dans un trou. Et c'est bien fait pour elle. Elle n'avait qu'à ne pas désobéir !
ISMÈNE — Écoute-moi. J'ai raison plus souvent que toi.
ANTIGONE — Je ne veux pas avoir raison.
ISMÈNE — Essaie de comprendre au moins !
ANTIGONE — Comprendre... Vous n'avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu'on ne peut pas toucher à l'eau, à la belle eau fuyante et froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant.
ISMÈNE — Il est plus fort que nous, Antigone. Il est le roi. Et ils pensent tous comme lui dans la ville. Ils sont des milliers et des milliers autour de nous, grouillant dans toutes les rues de Thèbes.
ANTIGONE — Je ne t'écoute pas.
ISMÈNE, se jette contre elle. — Antigone ! Je t'en supplie ! C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Toi tu es une fille.
ANTIGONE, les dents serrées. — Une fille, oui. Ai-je assez pleuré d'être une fille !
ISMÈNE — Ton bonheur est là devant toi et tu n'as qu'à le prendre. Tu es fiancée, tu es jeune, tu es belle...
ANTIGONE, sourdement. — Non, je ne suis pas belle.
ISMÈNE, après un temps. — Et Hémon, Antigone ?
ANTIGONE, fermée. — Je parlerai tout à l'heure à Hémon : Hémon sera tout à l'heure une affaire réglée.
ISMÈNE — Tu es folle.
ANTIGONE, sourit. — Tu m'as toujours dit que j'étais folle, pour tout, depuis toujours.