Lecture 4 – Tout seul
- Justifier son interprétation en s'appuyant sur des éléments textuels variés.
- Approfondir sa lecture en mobilisant quelques notions littéraires et outils d'analyse pertinents.
- Analyser comment le dénouement révèle qu'il n'y a pas de vainqueur possible dans une tragédie.
En quoi le dénouement montre-t-il qu'il n'y a pas de vainqueur dans une tragédie ?
Activités
- Entrée du programme : Représenter, penser, questionner la société au théâtre : la scène et la Cité
- Œuvre : Antigone, Jean Anouilh (1944)
- Problématique du projet d'apprentissage : Quelle attitude adopter face au pouvoir — approuver, laisser faire ou résister ?
- Compétence majeure (Lecture / Culture littéraire) : Lire des textes de théâtre contemporain en identifiant les valeurs en conflit et la manière dont les personnages les défendent
- Compétences mineures :
- Oral — Participer à des échanges argumentés sur les valeurs portées par les personnages et leur portée sociale
- Écriture — Rédiger des réponses construites en s'appuyant sur des citations du texte (méthode REP)
- Langue — Analyser les fonctions syntaxiques dans des phrases complexes issues du texte étudié
- Évaluation : Lecture analytique — questions de compréhension et d'interprétation sur un extrait d'Antigone (20 pts)
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
Lecture 4 — Tout seul
ANTIGONE, lui dit soudain. — Écoute...
LE GARDE — Oui.
ANTIGONE — Je vais mourir tout à l'heure. Le garde ne répond pas. Un silence. Il fait les cent pas.
ANTIGONE — Tu crois qu'on a mal pour mourir ?
LE GARDE — Je ne peux pas vous dire. Pendant la guerre, ceux qui étaient touchés au ventre, ils avaient mal. Moi, je n'ai jamais été blessé. Et, d'un sens, ça m'a nui pour l'avancement.
ANTIGONE — Comment vont-ils me faire mourir ?
LE GARDE — Je crois que j'ai entendu dire que pour ne pas souiller la ville de votre sang, ils allaient vous murer dans un trou.
ANTIGONE — Vivante ?
LE GARDE — Oui, d'abord.
Un silence. Le garde se fait une chique1.
ANTIGONE — Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine !... (Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu'elle a un peu froid. Elle s'entoure de ses bras. Elle murmure.) Toute seule... [...] Des bêtes se serreraient l'une contre l'autre pour se faire chaud. Je suis toute seule.
ANTIGONE — Je voudrais seulement que tu remettes une lettre à quelqu'un quand je serai morte. [...] Écris : « Mon chéri... »
LE GARDE, qui a pris son carnet et suce sa mine. — C'est pour votre bon ami ?
ANTIGONE — Mon chéri, j'ai voulu mourir et tu ne vas peut-être plus m'aimer... Et Créon avait raison, c'est terrible, maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs. J'ai peur...
LE GARDE, qui peine sur sa dictée. — « Créon avait raison, c'est terrible... »
ANTIGONE — Je ne sais plus pourquoi je meurs. (Elle se dresse soudain.) Non. Raye tout cela. Il vaut mieux que jamais personne ne le sache. Mets seulement : « Pardon. »
ANTIGONE — Oui. Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t'aime...
À ce moment, la porte s'ouvre. Les autres gardes paraissent. Antigone a un pauvre sourire. Elle baisse la tête. Elle s'en va sans un mot vers les autres gardes. Ils sortent tous.
LE CHŒUR, entre soudain. — Là ! C'est fini pour Antigone. Maintenant, le tour de Créon approche. Il va falloir qu'ils y passent tous.
LE MESSAGER, fait irruption. — Une terrible nouvelle. Antigone est au fond de la tombe pendue aux fils de sa ceinture, des fils bleus, des fils verts, des fils rouges qui lui font comme un collier d'enfant, et Hémon à genoux qui la tient dans ses bras. [...] Il regarde son père sans rien dire, et, tout à coup, il lui crache au visage. [...] Hémon regarde ce vieil homme tremblant à l'autre bout de la caverne et, sans rien dire, il se plonge l'épée dans le ventre et il s'étend contre Antigone, l'embrassant dans une immense flaque rouge.
CRÉON, entre avec son page. — Je les ai fait coucher l'un près de l'autre, enfin ! Ils sont lavés, maintenant, reposés. Deux amants au lendemain de la première nuit. Ils ont fini, eux.
LE CHŒUR — Pas toi, Créon. Il te reste encore quelque chose à apprendre. Eurydice, la reine, ta femme... [...] En apprenant la mort de son fils, la reine a posé ses aiguilles, sagement, après avoir terminé son rang, posément, comme tout ce qu'elle fait. Et puis elle est passée dans sa chambre, sa chambre à l'odeur de lavande, aux petits napperons brodés et aux cadres de peluche, pour s'y couper la gorge, Créon. Elle est étendue maintenant sur un des petits lits jumeaux démodés [...] Et s'il n'y avait pas cette large tache rouge sur les linges autour de son cou, on pourrait croire qu'elle dort.
CRÉON — Elle aussi. Ils dorment tous. C'est bien. La journée a été rude. (Un temps. Il dit sourdement.) Cela doit être bon de dormir.
LE CHŒUR — Et tu es tout seul maintenant, Créon.
CRÉON — Tout seul, oui.
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
• « Elle est toute petite au milieu de la grande pièce nue » — la pièce vide l'écrase.
• « Elle s'entoure de ses bras » — geste de quelqu'un qui a froid et peur.
• « Elle murmure » — elle n'a plus la force de parler fort.
L'héroïne qui refusait de se soumettre est ici simplement une jeune fille fragile face à la mort.
Activité 4 - Faire le bilan
Dans ce dénouement, Antigone meurt en doutant, seule avec un garde indifférent. Créon a fait respecter son édit, mais il a perdu son fils et sa femme — il reste tout seul. Anouilh montre qu'il n'y a pas de vainqueur dans une tragédie : qu'on résiste, qu'on obéisse ou qu'on laisse faire, toutes les attitudes mènent à la même solitude.
Activité 5 - Du texte à la scène
• La lettre est écrite à la première personne, à Hémon.
• Elle exprime le doute d'Antigone : elle ne sait plus pourquoi elle meurt.
• Elle exprime la peur face à la mort (« je vais mourir tout à l'heure »).
• Elle exprime la solitude (seule dans une grande pièce, sans personne qui comprend).
• Elle peut évoquer Créon, le fait qu'il avait peut-être raison.
• Elle se termine par un geste d'amour ou d'adieu pour Hémon.
Critères de réussite :
• Cohérence avec le personnage et le texte lu
• Ton personnel, émotions exprimées clairement
• Respect des temps (présent ou passé composé selon les choix de l'élève)
Contexte : Anouilh réécrit le mythe grec en 1944, sous l'Occupation nazie. La pièce parle de résistance et d'obéissance dans un contexte contemporain.
Antigone : héroïne condamnée dès le début, qui refuse d'obéir à Créon, le roi.