Lecture 3 – Le bonheur
- Lire et comprendre un dialogue théâtral en identifiant les valeurs défendues par chaque personnage.
- Interpréter les répliques d'Antigone et de Créon pour comprendre leur conception du bonheur.
- Analyser le conflit de valeurs entre Antigone et Créon à travers leur conception opposée du bonheur.
Quel bonheur Créon propose-t-il à Antigone — et pourquoi le refuse-t-elle ?
Activités
- Entrée du programme : Représenter, penser, questionner la société au théâtre : la scène et la Cité
- Œuvre : Antigone, Jean Anouilh (1944)
- Problématique du projet d'apprentissage : Quelle attitude adopter face au pouvoir — approuver, laisser faire ou résister ?
- Compétence majeure (Lecture / Culture littéraire) : Lire des textes de théâtre contemporain en identifiant les valeurs en conflit et la manière dont les personnages les défendent
- Compétences mineures :
- Oral — Participer à des échanges argumentés sur les valeurs portées par les personnages et leur portée sociale
- Écriture — Rédiger des réponses construites en s'appuyant sur des citations du texte (méthode REP)
- Langue — Analyser les fonctions syntaxiques dans des phrases complexes issues du texte étudié
- Évaluation : Lecture analytique — questions de compréhension et d'interprétation sur un extrait d'Antigone (20 pts)
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
Le bonheur
ANTIGONE — Pourquoi m'avez-vous raconté cela ?
Créon se lève, remet sa veste.
CRÉON — Valait-il mieux te laisser mourir dans cette pauvre histoire ?
ANTIGONE — Peut-être. Moi, je croyais.
Il y a un silence encore. Créon s'approche d'elle.
CRÉON — Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?
ANTIGONE, se lève comme une somnambule. — Je vais remonter dans ma chambre.
CRÉON — Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. [...] Tu l'apprendras toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir ; la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur.
ANTIGONE, murmure, le regard perdu. — Le bonheur...
CRÉON, a un peu honte soudain. — Un pauvre mot, hein ?
ANTIGONE, doucement. — Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ?
CRÉON, hausse les épaules. — Tu es folle, tais-toi.
ANTIGONE — Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir.
CRÉON — Tu aimes Hémon ?
ANTIGONE — Oui, j'aime Hémon. J'aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s'il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s'il doit apprendre à dire « oui », lui aussi, alors je n'aime plus Hémon !
CRÉON — Tu ne sais plus ce que tu dis. Tais-toi.
ANTIGONE — Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Moi, je veux tout, tout de suite, — et que ce soit entier — ou alors je refuse ! Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite — ou mourir.
CRÉON, la secoue. — Te tairas-tu, enfin ?
ANTIGONE — Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.
CRÉON, crie soudain. — Gardes !
Les gardes apparaissent aussitôt.
CRÉON — Emmenez-la.
ANTIGONE, dans un grand cri soulagé. — Enfin, Créon !
Les gardes se jettent sur elle et l'emmènent.
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Dans cet extrait, Créon propose à Antigone un bonheur simple et ordinaire : se marier, profiter des petites choses de la vie. Mais Antigone refuse ce bonheur fait de compromis : pour elle, il faut tout — ou mourir. En faisant crier « Enfin ! » à Antigone quand les gardes l'emmènent, Anouilh nous montre qu'elle choisit librement sa mort plutôt qu'une vie médiocre. C'est ce qui en fait une héroïne tragique.
Activité 5 - Lire à voix haute
Critères de réussite :
- Lire avec colère et conviction — Antigone est en rage
- Marquer une pause nette après chaque « ou »
- Ralentir et baisser la voix sur les deux derniers mots : « ou mourir »
— La voix monte-t-elle sur « Vous me dégoûtez tous » ?
— Entend-on bien les deux « ou » comme deux choix opposés ?
— Les derniers mots « ou mourir » sont-ils dits plus lentement, comme une décision définitive ?