Lecture 2 – Antigone face à Créon
- Lire et comprendre une œuvre de théâtre — percevoir les conflits de valeurs dans l'affrontement de deux personnages.
- Identifier le rôle des répliques courtes (stichomythie) dans la tension dramatique.
- Analyser comment Antigone justifie sa désobéissance et identifier le conflit de valeurs au cœur de la scène.
En quoi le conflit entre Antigone et Créon illustre-t-il deux valeurs également légitimes ?
Activités
- Entrée du programme : Représenter, penser, questionner la société au théâtre : la scène et la Cité
- Œuvre : Antigone, Jean Anouilh (1944)
- Problématique du projet d'apprentissage : Quelle attitude adopter face au pouvoir — approuver, laisser faire ou résister ?
- Compétence majeure (Lecture / Culture littéraire) : Lire des textes de théâtre contemporain en identifiant les valeurs en conflit et la manière dont les personnages les défendent
- Compétences mineures :
- Oral — Participer à des échanges argumentés sur les valeurs portées par les personnages et leur portée sociale
- Écriture — Rédiger des réponses construites en s'appuyant sur des citations du texte (méthode REP)
- Langue — Analyser les fonctions syntaxiques dans des phrases complexes issues du texte étudié
- Évaluation : Lecture analytique — questions de compréhension et d'interprétation sur un extrait d'Antigone (20 pts)
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
Antigone face à Créon
Créon. — Pourquoi as-tu tenté d'enterrer ton frère ?
Antigone. — Je le devais.
Créon. — Je l'avais interdit.
Antigone, doucement. — Je le devais tout de même. Ceux qu'on n'enterre pas errent éternellement sans jamais trouver de repos. [...] Il a droit au repos.
Créon. — C'était un révolté et un traître, tu le savais.
Antigone. — C'était mon frère.
Créon. — Tu avais entendu proclamer l'édit aux carrefours, tu avais lu l'affiche sur tous les murs de la ville ?
Antigone. — Oui.
Créon. — Tu savais le sort qui était promis à celui, quel qu'il soit, qui oserait lui rendre les honneurs funèbres ?
Antigone. — Oui, je le savais. [...]
Créon, la regarde et murmure soudain. — L'orgueil d'Œdipe. Tu es l'orgueil d'Œdipe. [...] Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon, Dieu merci. J'ai mes deux pieds par terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père, de m'employer tout simplement à rendre l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible. Ce n'est même pas une aventure, c'est un métier pour tous les jours et pas toujours drôle, comme tous les métiers. Mais puisque je suis là pour le faire, je vais le faire... [...] Allez, va ! Et ne me foudroie pas comme cela du regard. Tu me prends pour une brute, c'est entendu, et tu dois penser que je suis décidément bien prosaïque. Mais je t'aime bien tout de même, avec ton sale caractère.
Antigone ne répond pas. Elle va sortir. Il l'arrête.
Créon, murmure, comme pour lui. — Quel jeu joues-tu ?
Antigone. — Je ne joue pas.
Créon. — Tu ne comprends donc pas que si quelqu'un d'autre que ces trois brutes sait tout à l'heure ce que tu as tenté de faire, je serai obligé de te faire mourir ? Si tu te tais maintenant, si tu renonces à cette folie, j'ai une chance de te sauver, mais je ne l'aurai plus dans cinq minutes. Le comprends-tu ?
Antigone. — Il faut que j'aille enterrer mon frère que ces hommes ont découvert.
Créon. — Tu irais refaire ce geste absurde ? Il y a une autre garde autour du corps de Polynice et, même si tu parviens à le recouvrir encore, on dégagera son cadavre, tu le sais bien. [...] C'est absurde !
Antigone. — Oui, c'est absurde.
Créon. — Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre moi ?
Antigone. — Non.
Créon. — Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ?
Antigone. — Pour personne. Pour moi. [...] Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l'auriez pas voulu ?
Créon. — Je te l'ai dit.
Antigone. — Et vous l'avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c'est cela, être roi !
Créon. — Oui, c'est cela !
Antigone. — Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
Créon. — Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c'est assez payé pour que l'ordre règne dans Thèbes. Mon fils t'aime. Ne m'oblige pas à payer avec toi encore. J'ai assez payé.
Antigone. — Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Dans cette scène, Antigone et Créon incarnent deux valeurs opposées : d'un côté, la désobéissance au nom d'une conviction intérieure ; de l'autre, l'ordre que Créon veut maintenir pour le bien de tous — il gouverne non par tyrannie, mais parce qu'il estime que la Cité ne peut survivre sans règles. Face à ce roi qui tente de la sauver, Antigone refuse tout compromis. La scène expose ainsi les forces antagonistes qui déchirent la Cité : ceux qui obéissent pour protéger et ceux qui résistent au nom de leurs convictions et au péril de leur vie.
Activité 5 - Grammaire
Il faut qu'Antigone aille enterrer son frère.