Lecture 2 – L’éducation de Perceval et son adoubement

p. 36‑37
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L’équipement du chevalier

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le heaume
le haubert
l’écu
le destrier
les éperons

Activité 1 - Lire le texte

Avant la lecture
Dans la première lecture, Perceval se battait sans connaître les règles.
En lisant ce texte, demandez-vous ce qui a changé.

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L’éducation de Perceval et son adoubement

En possession des armes et de l’armure du vaincu, Perceval quitte la cour. Il arrive ensuite dans le beau château du seigneur Gornemant de Goort, un chevalier, qui le reçoit et lui propose de lui enseigner le métier des armes.

Alors le noble seigneur le fit monter à cheval, et le jeune cavalier porta tout de suite la lance et l’écu avec autant d’adresse que s’il avait toujours vécu dans les tournois et les guerres, comme s’il avait parcouru tous les pays en quête de bataille et d’aventures. […]

Il lui demanda : « Ami, supposons que vous rencontriez un chevalier, que feriez-vous s’il vous frappait ? – Je le frapperais à mon tour. – Et si votre lance se brisait ? – Alors il n’y aurait plus qu’à l’attaquer les mains nues. – Ami, vous ne ferez pas cela. – Que ferai-je donc ? – C’est en un duel à l’épée que vous l’affronteriez. » Alors le noble maître […] a donc mis la main à l’épée. « Ami, dit-il, c’est de cette façon que vous vous défendrez si l’on vous attaque. »

Gornemant invite le jeune homme à sa table pour un souper très soigné puis chacun va se coucher.

Le seigneur se leva de bonne heure et alla trouver le jeune homme qui était encore couché. Il lui fit apporter en présent chemise, caleçon de toile fine, chausses teintes en rouge et tunique d’un drap de soie bleue, un tissu confectionné en Inde. Il lui fait apporter tout cela pour qu’il puisse s’en vêtir. […] « – Ainsi ferai-je, dit le jeune homme, et je ne m’opposerai pas à vous en quoi que ce soit. » Sans autre délai il met les nouveaux vêtements et il abandonne ceux faits par sa mère. Alors le seigneur se baisse pour lui attacher l’éperon au pied droit ; c’était en effet la coutume : celui qui faisait un nouveau chevalier devait lui chausser l’éperon. Il y avait là d’autres jeunes gens, assez nombreux ; chacun s’empressa d’aider à armer le chevalier. Puis le seigneur prend l’épée, la lui attache à la ceinture et lui donne un baiser, disant qu’avec l’épée il lui a conféré l’ordre le plus élevé que Dieu ait établi et inspiré : c’est l’ordre de chevalerie, qui doit être sans vilenie1. Et il ajoute : « Ami, souvenez-vous, s’il vous arrive de combattre quelque chevalier, de ce que je vais vous dire et vous prier de faire. Si vous arrivez à avoir l’avantage, au point qu’il ne puisse plus se défendre ni résister, mais soit contraint à demander grâce2, ne cherchez pas à le tuer. D’autre part, évitez les bavardages et les racontars3 : quiconque4 bavarde trop risque de dire quelque chose qu’on lui reprochera comme une vilenie. Car le sage dit et répète : « Qui parle trop tombe dans le péché. » Pour cette raison, doux ami, je vous recommande de ne pas trop parler. Et puis, je vous en prie, si vous trouvez une demoiselle ou une dame ayant besoin de quelque secours, secourez-la, ce sera une bonne action, si vous savez comment faire et si vous en avez les moyens. […] »

Le nouveau chevalier s’en va, quittant son hôte, car il est impatient de revenir chez sa mère, espérant la retrouver saine et sauve.

Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal, trad. Daniel Poirier,
© Éditions Gallimard, 1994.
De plumes et de pages 5e, Magnard, 2026, p. 36‑37.
1. vilenie : déshonneur, action contraire à l’honneur.   2. demander grâce : demander à avoir la vie sauve.   3. racontars : commérages, bavardages inutiles.   4. quiconque : celui qui.

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Activité 2 - Comprendre

1. Qui est Gornemant ? Que fait-il pour Perceval ?
Gornemant est un noble chevalier qui reçoit Perceval dans son château. Il lui enseigne le métier des armes : le maniement de la lance, de l’écu et de l’épée, ainsi que les règles du combat en duel.
2. Perceval est-il doué pour chevaucher et manier les armes ?
Oui, Perceval est naturellement doué : il porte la lance et l’écu « avec autant d’adresse que s’il avait toujours vécu dans les tournois et les guerres ». Gornemant lui enseigne néanmoins les règles et les codes du combat.
3. Quelle est l’origine de l’ordre de chevalerie selon Gornemant ?
Selon Gornemant, la chevalerie a été établie et inspirée par Dieu : c’est « l’ordre le plus élevé que Dieu ait établi et inspiré ». La chevalerie a donc une dimension religieuse et spirituelle, pas seulement guerrière.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Relevez la phrase exacte qui décrit ce que Perceval fait de ses anciens vêtements. Hésite-t-il ? Puis demandez-vous : depuis quand portait-il ces habits, et qui les avait faits ?
Perceval « abandonne ceux faits par sa mère » sans hésiter. Ce geste représente son entrée dans l’âge adulte : en quittant les habits de son enfance, il tourne la page sur la vie isolée que sa mère lui avait imposée et devient pleinement chevalier.

Relisez le passage qui commence par « Alors le seigneur se baisse… ». Relevez les actions de Gornemant une par une, dans l’ordre. Combien en comptez-vous ?
L’adoubement se déroule en plusieurs étapes : Gornemant offre de nouveaux vêtements à Perceval, qui les revêt. Il lui chausse ensuite l’éperon au pied droit ; des jeunes gens présents l’aident à s’armer. Enfin, Gornemant lui attache l’épée à la ceinture et lui donne un baiser, marquant son entrée dans l’ordre de chevalerie.

Relisez les trois règles de Gornemant. Pour chacune, demandez-vous : qu’est-ce qu’un chevalier ne doit pas faire ? Puis formulez en positif : qu’est-ce qu’il doit faire à la place ?
Un chevalier « sans vilenie » doit : épargner un adversaire vaincu plutôt que de le tuer, contrôler sa parole et éviter les bavardages inutiles, et aider les dames qui ont besoin de secours. La chevalerie exige donc générosité, maîtrise de soi et courtoisie — pas seulement la force au combat.

Activité 4 - Faire le bilan

4. Que doit apprendre Perceval pour devenir chevalier, et que symbolise son adoubement pour lui ?
Pour devenir chevalier, Perceval doit apprendre les règles du combat et les codes de l’honneur : ne pas tuer un vaincu, maîtriser sa parole, aider les dames. Son adoubement symbolise bien plus qu’un changement de statut : en abandonnant les habits de sa mère, il quitte son enfance et entre dans l’âge adulte.
Bilan :

Gornemant enseigne à Perceval les règles du combat : d’abord manier la lance et l’écu, puis affronter l’ennemi à l’épée si la lance se brise. Par l’adoubement — la remise de l’éperon et de l’épée — Perceval quitte son enfance et entre dans l’âge adulte.

La chevalerie, fondée par Dieu selon Gornemant, impose trois devoirs : épargner un adversaire vaincu, faire preuve de courtoisie en aidant les dames en détresse, et faire preuve de maîtrise de soi en s’abstenant de trop parler.

Activité 5 - Ecriture

Écriture
Perceval vient d’être adoubé. Il écrit quelques lignes à sa mère pour lui annoncer la nouvelle.
Rédigez sa lettre en 5 à 6 lignes. Vous pouvez commencer ainsi : « Mère, je vous écris depuis le château de Gornemant… »

Dans votre lettre, Perceval explique :
•  ce qu’il a appris
•  ce qu’il a reçu lors de l’adoubement
•  ce qu’il ressent
Eléments attendus :

•  Mention de l’enseignement de Gornemant (combat à la lance, à l’épée)
•  Mention des objets de l’adoubement (éperon, épée) ou des nouveaux vêtements
•  Expression d’un sentiment (fierté, impatience de revenir, émotion de quitter l’enfance)
•  Ton cohérent avec le personnage : courageux, sincère, attaché à sa mère

Exemple de réponse :

« Mère, je vous écris depuis le château de Gornemant. Il m’a appris à manier la lance et l’épée, et m’a expliqué les règles de l’honneur. Ce matin, il m’a remis l’éperon et l’épée : je suis chevalier. J’ai laissé vos habits derrière moi, mais je ne vous oublie pas. Je repars bientôt vous retrouver, saine et sauve, je l’espère. »