Lecture 4 – Au château du Roi Pêcheur
- Identifier les éléments qui créent le mystère et l'étrangeté dans un texte narratif
- Comprendre les conséquences d'un choix de personnage sur la suite du récit
- Comprendre pourquoi Perceval ne pose pas la question du graal, et ce que son silence révèle de son parcours de chevalier
Pourquoi Perceval, face au mystère du graal, reste-t-il silencieux — et est-ce une erreur ?
Activités
- Entrée du programme : Devenir héroïne/héros : destins romanesques (récit, fiction)
- Œuvre : Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal (XIIe siècle) — roman de chevalerie
- Problématique du projet d'apprentissage : Comment le récit des aventures de Perceval dessine-t-il le parcours d'apprentissage d'un héros dans lequel peut se projeter le lecteur ou la lectrice ?
- Compétence majeure : Lecture — Appréhender une œuvre : Comprendre et interpréter le parcours d'un ou de plusieurs personnages afin d'appréhender les enjeux de l'œuvre et la situer dans son contexte
- Compétences mineures :
- Lecture — Lire une œuvre : Poursuivre son apprentissage de lecteur autonome, contrôler sa compréhension
- Oral — Écouter : Écouter une production orale et en mémoriser les principaux éléments
- Vocabulaire — Enrichir : Mobiliser le vocabulaire nouveau pour améliorer ses productions écrites et orales
- Évaluation : Compréhension écrite sur un extrait de Perceval non étudié en classe (fin de séquence)
- Projet de production associé : PA2 — Écrire un récit de combat de chevalier (en groupe)
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
Au château du Roi Pêcheur
Au milieu de la salle, sur un lit1, il vit assis un bel homme noble aux cheveux grisonnants. Il portait une coiffure de zibeline2 noire comme mûre, enturbannée de pourpre, et le reste de ses vêtements était également noir. Il se tenait accoudé devant un grand feu de bois sec qui brûlait avec des flammes vives entre quatre colonnades. On aurait pu asseoir quatre cents personnes autour du feu et les installer confortablement. Les colonnades, très robustes, soutenaient le manteau de cheminée, en airain3 épais, haut et large. Les arrivants se rendirent devant le seigneur ; quand il vit arriver le chevalier, il le salua aussitôt et dit : « Ami, ne soyez pas fâché si je ne me lève pas pour vous accueillir ; c'est que je n'en ai pas la force. – Mon Dieu, seigneur, n'en parlons plus, répond-il, je n'en suis nullement fâché. » [...]
Tandis qu'ils parlaient de choses et d'autres, un jeune homme sortit d'une chambre, tenant une lance blanche empoignée par le milieu ; il passa entre le feu et ceux qui étaient assis sur le lit, et toute l'assistance voyait la lance blanche et le métal blanc, et une goutte de sang qui, venue de la pointe du fer de lance, coulait jusqu'à la main du jeune homme, toute vermeille. Le jeune homme vit donc cette merveille4 le soir de son arrivée en cet endroit [...]
Mais alors deux autres jeunes gens arrivèrent, tenant dans leurs mains des chandeliers en or fin décorés d'émaux5. Ces jeunes gens étaient très beaux, avec les chandeliers dont ils étaient porteurs. Sur chaque chandelier brillaient au moins dix chandelles. Puis venait un graal6 tenu à deux mains par une demoiselle qui s'avançait avec les jeunes gens, belle, élégante et parée avec goût. Quand elle fut entrée dans la salle en tenant le graal, une si grande clarté se répandit que les chandelles perdirent leur clarté comme font les étoiles quand le soleil se lève ou la lune. Après cette demoiselle en arriva une autre, tenant un tailloir7 en argent. Le graal, porté en tête du cortège, était d'or pur et fin ; on y voyait des pierres précieuses de plusieurs sortes, les plus riches et les plus chères que l'on puisse trouver en mer ou dans la terre ; car les pierres du graal surpassaient toutes les autres, sans aucun doute. Comme pour la lance, on fit défiler ces objets devant le chevalier avant d'entrer dans une autre chambre.
Et le jeune homme le vit passer sans oser demander à qui l'on destinait le service du graal8, car toujours il gardait en mémoire les paroles de son noble et sage maître. Je crains que ce ne soit dommage, car j'ai souvent entendu dire qu'on peut aussi bien trop se taire que trop parler. Mais quelle qu'en soit la conséquence, bonne ou mauvaise, il ne chercha pas à savoir ni ne posa aucune question.
© Éditions Gallimard, 1994.
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Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Au château du Roi Pêcheur, Perceval assiste à un cortège merveilleux : une lance qui saigne et un graal lumineux défilent devant lui sans qu'il puisse les expliquer. Il ne pose aucune question, car il obéit à la règle de Gornemant. Mais le narrateur avertit que se taire trop peut être une faute : Perceval commet une erreur sans le savoir.
Activité 5 - Ecriture
Exemple : « Seigneur, à qui destine-t-on le service du graal ? » demanda Perceval. Le Roi Pêcheur leva les yeux vers lui avec une joie mêlée de larmes. « Ce graal, dit-il, est porté pour mon père malade. Sa seule nourriture est ce qu'il contient. Et ta seule question vient de me guérir. »
Activité 6 - Retour sur ma lecture
Exemple : « Seigneur, à qui destine-t-on le service du graal ? » demanda Perceval. Le Roi Pêcheur leva les yeux vers lui avec une joie mêlée de larmes. « Ce graal, dit-il, est porté pour mon père malade. Sa seule nourriture est ce qu'il contient. Et ta seule question vient de me guérir. »
... est guidé par les règles de Gornemant, qui peuvent l'aider comme lui nuire.
... l'amène face à un mystère qu'il ne sait pas résoudre : le graal.
... montre qu'on ne devient pas héros du jour au lendemain : le chemin est long et semé d'erreurs.
— Faire une inférence : comprendre ce que l'adoubement signifie pour Perceval, même si le texte ne le dit pas clairement.
— Faire des liens : voir comment Perceval applique les règles de Gornemant d'une séance à l'autre.
— Se poser des questions : identifier ce que le texte ne dit pas, comme la signification du graal.