Lecture 2 – À malin, malin et demi

p. 220–221
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Rappels

Rappel de la séance précédente
Qui est Renart ? Que savez-vous de lui ?
Renart est un goupil (un renard) du Roman de Renart, récit médiéval du XIIe siècle. Il est rusé, menteur et toujours prêt à tromper les autres pour obtenir ce qu'il veut — surtout de la nourriture. Dans la séance précédente, il a volé les jambons d'Ysengrin en lui faisant croire qu'il était malade, puis il a ri sous cape de sa propre ruse.

Activité 1 - Lire le texte

Avant la lecture
Le titre de ce texte est « À malin, malin et demi ».
D'après ce titre, que pensez-vous qu'il va se passer ?

Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.

À malin, malin et demi

Un autre jour, il arrive à Renart de se présenter devant un village au milieu des bois, fort abondamment peuplé de coqs, poules, jars, oisons et canards. Messire1 Constant Desnois, un vilain2 fort à l'aise, avait sa maison abondamment garnie des meilleures provisions et tenait dans un parc formé d'une enceinte de pieux de chêne ses poules à l'abri.

Renart avise3 un pieu rompu qui lui promet une entrée facile : il s'élance et tombe dans une plate-bande de choux que le vilain avait aménagée. Mais le bruit de sa chute avait donné l'éveil aux gélines4. D'un autre côté, Chantecler le coq revenait d'une reconnaissance dans la haie ; il voit fuir ses vassales5, et ne comprenant rien à leur effroi, il les rejoint la plume abaissée, le col tendu. Alors, d'un ton de reproche : « Pourquoi cette presse6 à regagner la maison ? Êtes-vous folles ? »

Pinte, la meilleure tête de la troupe, celle qui pond les plus gros oeufs, se charge de la réponse : « C'est que nous avons eu bien peur.
– Et de quoi ? Est-ce au moins de quelque chose ?
– Oui.
– Voyons.
– C'est d'une bête des bois qui pouvait nous mettre en mauvais point.
– Allons ! dit le coq, ce n'est rien apparemment ; restez, je réponds de tout. »

Alors Renart fit un mouvement, mit doucement un pas devant l'autre, puis s'élança pour happer le coq d'un seul bond. Mais il ne put s'approcher assez doucement sans que Chantecler, qui avait deviné la manoeuvre, ne fasse un saut pour se mettre hors de sa portée. Renart voit avec dépit qu'il a manqué son coup. « Ah ! mon Dieu, Chantecler, dit-il de sa voix la plus douce, vous vous éloignez comme si vous aviez peur de votre meilleur ami. De grâce, laissez-moi vous dire combien je suis heureux de vous voir si dispos7 et si agile. Vous souvient-il du bon Chanteclin qui vous mit au monde ? Ah ! c'est lui qu'il fallait entendre. Il avait la voix si haute, si claire, qu'on l'écoutait à une lieue à la ronde. »

Chantecler cligna des yeux, il lança une note qu'il prolongeait à perte d'haleine, quand l'autre s'élance comme une flèche, le saisit au col et fuit avec sa proie. Pinte qui le suivait des yeux, pousse alors un cri des plus aigus. « Ah ! Chantecler, je vous l'avais bien dit ! Que vais-je devenir, privée de mon époux, de mon seigneur, de tout ce que j'aimais au monde ! »

Renart franchissait alors les haies ; mais les vilains l'entendirent tomber de l'autre côté et tout le monde se mit à sa poursuite. « Sire Renart, dit alors le pauvre Chantecler d'une voix entrecoupée, laissez-vous ainsi maugréer8 ces vilains ? À votre place je m'en vengerais, et je me moquerais d'eux à mon tour. »

On l'a dit bien souvent ; il n'est sage qui parfois ne cède à la folie. Renart, le trompeur universel, fut ici trompé lui-même, et quand il entendit la voix de Constant Desnois, il prit plaisir à lui répondre : Oui, vilains, je prends votre coq, et malgré vous. Mais Chantecler, dès qu'il ne sent plus l'étreinte des dents, fait un effort, échappe, bat des ailes, et le voilà sur les hautes branches d'un pommier voisin : « Ah ! mon beau cousin, lui dit le coq, voilà le moment de réfléchir sur les changements de fortune. »

Le Roman de Renart, « Comment soudain la chance tourna pour Renart », 1170–1250,
d'après la traduction de Paulin Paris en 1861.
De plumes et de pages Français 5e, Magnard, 2026, p. 220–221.
1. messire : titre honorifique désignant un noble ou un seigneur au Moyen Âge.   2. vilain : qui n'est pas noble ; terme employé pour désigner les paysans.   3. avise : repère.   4. géline : poule.   5. ses vassales : personnes qui dépendent d'un seigneur ; ici, Chantecler est le seigneur de ces poules.   6. presse : hâte.   7. dispos : en forme.   8. maugréer : maudire, insulter (au Moyen Âge).

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

1. Où se déroule la scène ? Qui sont les personnages ?
La scène se déroule dans un village entouré d'un parc. Les personnages sont Renart (le goupil), Chantecler (le coq), Pinte (la poule) et les vilains (les paysans) qui se lancent à la poursuite de Renart.
2. Renart essaie d'attraper Chantecler deux fois. Comment réussit-il la deuxième fois ?
La première fois, Chantecler devine la manoeuvre et saute hors de sa portée. La deuxième fois, Renart lui adresse des paroles flatteuses en parlant de son père, ce qui pousse Chantecler à fermer les yeux et à chanter. Renart en profite pour le saisir au col.
3. Comment Chantecler parvient-il finalement à s'échapper ?
Chantecler convainc Renart de répondre aux vilains qui l'insultent. Dès que Renart ouvre la bouche pour parler, il desserre les dents. Chantecler en profite pour s'échapper et se réfugier sur les branches d'un pommier.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Relisez le paragraphe qui commence par « Renart voit avec dépit... ». Est-ce que Renart dit la vérité à Chantecler ? Pourquoi lui parle-t-il si gentiment ?
Renart appelle Chantecler son « meilleur ami », lui dit qu'il est « si dispos et si agile » et vante la voix de son père : « Il avait la voix si haute, si claire, qu'on l'écoutait à une lieue à la ronde. » Ce sont des mensonges : il flatte Chantecler pour le distraire et pouvoir l'attraper.

Relisez le paragraphe qui commence par « Chantecler cligna des yeux... ». Qu'est-ce que Chantecler fait juste après les compliments de Renart ? Pourquoi est-ce dangereux ?
Chantecler « cligna des yeux » et « lança une note qu'il prolongeait à perte d'haleine ». Il est si fier d'avoir une belle voix qu'il ferme les yeux et oublie le danger. Ce geste montre qu'il est vaniteux.

Relisez le passage « Sire Renart, dit alors le pauvre Chantecler... ». Est-ce que Chantecler dit vraiment la vérité ? Quel défaut de Renart est-ce qu'il utilise ?
Chantecler dit à Renart : « laissez-vous ainsi maugréer ces vilains ? À votre place je m'en vengerais. » C'est un mensonge : il flatte l'orgueil de Renart pour le faire parler et se libérer. Chantecler est lui aussi capable de ruse.

Activité 4 - Faire le bilan

4. Dans cet épisode, qui est le plus malin — Renart ou Chantecler ? Justifiez votre réponse.
Les deux personnages sont malins à tour de rôle. Renart trompe Chantecler en le flattant sur sa voix. Mais Chantecler retourne la ruse contre lui en flattant l'orgueil de Renart pour le faire parler. À la fin, c'est Chantecler qui s'en sort — on peut donc dire qu'il est « malin et demi », comme le dit le titre.
Bilan :
Dans cet épisode, Renart trompe Chantecler en le flattant sur sa voix pour le faire fermer les yeux. Mais Chantecler réussit à son tour à retourner la ruse contre lui en flattant son orgueil. Les deux personnages révèlent leurs défauts — la vanité de l'un et l'orgueil de l'autre — et c'est cela qui les perd.

Activité 5 - Prendre des notes

Écriture
Renart est au pied du pommier. Chantecler l'a trompé et s'est échappé. Renart essaie une dernière fois de le faire descendre. Écris ce que Renart lui dit — 4 à 5 lignes. Inspire-toi de ses paroles dans le texte.
Ce qu'on attend :
• Des paroles flatteuses : Renart complimente Chantecler sur sa ruse, son agilité, sa voix ou sa beauté — comme dans le texte.
• Un ton doux et hypocrite : Renart fait semblant d'admirer Chantecler, pas de le menacer.
• Une tentative de manipulation : Renart lui propose quelque chose, lui pose une question pour l'attirer, ou invente une excuse.
• Aucune parole de menace ou de violence — c'est la ruse, pas la force.

Exemple :
« Ah ! mon cher Chantecler, que vous êtes agile ! Jamais je n'avais vu un coq si vif, si adroit. Vous m'avez bien eu, je l'admets. Mais descendez donc, que je vous félicite comme il se doit — entre gens d'esprit, on se doit bien cela. »