Lecture 2 – À malin, malin et demi
- Comprendre les actions et les intentions d'un personnage à travers ses paroles et ses gestes
- Identifier les indices qui permettent de deviner ce qu'un personnage cherche vraiment à faire
- Comprendre comment Renart et Chantecler révèlent leur caractère à travers leurs ruses et leurs erreurs
Comment Renart et Chantecler se révèlent-ils tour à tour rusés et naïfs dans cet épisode ?
Activités
- Entrée du programme : Imaginer, sentir, raisonner : des histoires pour plaire et instruire (récit, fiction)
- Œuvre : Le Roman de Renart (XIIe–XIIIe siècles)
- Problématique du projet d'apprentissage : Comment les aventures du goupil Renart nous font-elles rire tout en révélant les défauts des hommes et les injustices de la société médiévale ?
- Compétence majeure : Lecture — Interpréter : Justifier son point de vue de lecteur
- Compétences mineures :
- Écriture — Écrire pour réfléchir, apprendre et mémoriser (réponses écrites aux questions de lecture — L1 à L4)
- Oral — Écouter une production orale et en mémoriser les principaux éléments (Arts & Culture — extrait Fantastic Mr Fox)
- Vocabulaire — S'approprier les mots importants de l'univers de l'œuvre étudiée (lexique de la ruse et de la satire)
- Évaluation : Lecture de « Le duel d'Ysengrin contre Renart » — ch. 9 manuel p. 226–227 — 14 pts compréhension + 6 pts langue (G5 : phrase simple/complexe — G6 : type et forme de phrase — Lex. : sens d'un mot lié à la ruse)
- Projet de production associé : PA4 — Écrire un nouvel épisode du Roman de Renart (écriture narrative)
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
D'après ce titre, que pensez-vous qu'il va se passer ?
Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.
À malin, malin et demi
Un autre jour, il arrive à Renart de se présenter devant un village au milieu des bois, fort abondamment peuplé de coqs, poules, jars, oisons et canards. Messire1 Constant Desnois, un vilain2 fort à l'aise, avait sa maison abondamment garnie des meilleures provisions et tenait dans un parc formé d'une enceinte de pieux de chêne ses poules à l'abri.
Renart avise3 un pieu rompu qui lui promet une entrée facile : il s'élance et tombe dans une plate-bande de choux que le vilain avait aménagée. Mais le bruit de sa chute avait donné l'éveil aux gélines4. D'un autre côté, Chantecler le coq revenait d'une reconnaissance dans la haie ; il voit fuir ses vassales5, et ne comprenant rien à leur effroi, il les rejoint la plume abaissée, le col tendu. Alors, d'un ton de reproche : « Pourquoi cette presse6 à regagner la maison ? Êtes-vous folles ? »
Pinte, la meilleure tête de la troupe, celle qui pond les plus gros oeufs, se charge de la réponse : « C'est que nous avons eu bien peur.
– Et de quoi ? Est-ce au moins de quelque chose ?
– Oui.
– Voyons.
– C'est d'une bête des bois qui pouvait nous mettre en mauvais point.
– Allons ! dit le coq, ce n'est rien apparemment ; restez, je réponds de tout. »
Alors Renart fit un mouvement, mit doucement un pas devant l'autre, puis s'élança pour happer le coq d'un seul bond. Mais il ne put s'approcher assez doucement sans que Chantecler, qui avait deviné la manoeuvre, ne fasse un saut pour se mettre hors de sa portée. Renart voit avec dépit qu'il a manqué son coup. « Ah ! mon Dieu, Chantecler, dit-il de sa voix la plus douce, vous vous éloignez comme si vous aviez peur de votre meilleur ami. De grâce, laissez-moi vous dire combien je suis heureux de vous voir si dispos7 et si agile. Vous souvient-il du bon Chanteclin qui vous mit au monde ? Ah ! c'est lui qu'il fallait entendre. Il avait la voix si haute, si claire, qu'on l'écoutait à une lieue à la ronde. »
Chantecler cligna des yeux, il lança une note qu'il prolongeait à perte d'haleine, quand l'autre s'élance comme une flèche, le saisit au col et fuit avec sa proie. Pinte qui le suivait des yeux, pousse alors un cri des plus aigus. « Ah ! Chantecler, je vous l'avais bien dit ! Que vais-je devenir, privée de mon époux, de mon seigneur, de tout ce que j'aimais au monde ! »
Renart franchissait alors les haies ; mais les vilains l'entendirent tomber de l'autre côté et tout le monde se mit à sa poursuite. « Sire Renart, dit alors le pauvre Chantecler d'une voix entrecoupée, laissez-vous ainsi maugréer8 ces vilains ? À votre place je m'en vengerais, et je me moquerais d'eux à mon tour. »
On l'a dit bien souvent ; il n'est sage qui parfois ne cède à la folie. Renart, le trompeur universel, fut ici trompé lui-même, et quand il entendit la voix de Constant Desnois, il prit plaisir à lui répondre : Oui, vilains, je prends votre coq, et malgré vous. Mais Chantecler, dès qu'il ne sent plus l'étreinte des dents, fait un effort, échappe, bat des ailes, et le voilà sur les hautes branches d'un pommier voisin : « Ah ! mon beau cousin, lui dit le coq, voilà le moment de réfléchir sur les changements de fortune. »
d'après la traduction de Paulin Paris en 1861.
De plumes et de pages Français 5e, Magnard, 2026, p. 220–221.
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Dans cet épisode, Renart trompe Chantecler en le flattant sur sa voix pour le faire fermer les yeux. Mais Chantecler réussit à son tour à retourner la ruse contre lui en flattant son orgueil. Les deux personnages révèlent leurs défauts — la vanité de l'un et l'orgueil de l'autre — et c'est cela qui les perd.
Activité 5 - Prendre des notes
• Des paroles flatteuses : Renart complimente Chantecler sur sa ruse, son agilité, sa voix ou sa beauté — comme dans le texte.
• Un ton doux et hypocrite : Renart fait semblant d'admirer Chantecler, pas de le menacer.
• Une tentative de manipulation : Renart lui propose quelque chose, lui pose une question pour l'attirer, ou invente une excuse.
• Aucune parole de menace ou de violence — c'est la ruse, pas la force.
Exemple :
« Ah ! mon cher Chantecler, que vous êtes agile ! Jamais je n'avais vu un coq si vif, si adroit. Vous m'avez bien eu, je l'admets. Mais descendez donc, que je vous félicite comme il se doit — entre gens d'esprit, on se doit bien cela. »