Évaluation – Les Fourberies de Scapin

5e
Compétences
Objectifs

Activités

Cadrage

Sujet

Evaluation – Les Fourberies de Scapin
Évaluation – Les Fourberies de Scapin – Acte II, scène 3

Léandre revient en ville et apprend que Scapin l’aurait trahi. Furieux, il cherche à lui faire avouer sa faute. Octave, son ami, tente de le calmer.

Scapin. – Monsieur, que vous ai-je fait ?
Léandre, voulant le frapper. – Ce que tu m’as fait, traître ?
Octave, le retenant. – Eh ! doucement.
Léandre. – Non, Octave, je veux qu’il me confesse lui-même tout à l’heure la perfidie qu’il m’a faite. Oui, coquin, je sais le trait que tu m’as joué, on vient de me l’apprendre ; et tu ne croyais pas peut-être que l’on me dût révéler ce secret ; mais je veux en avoir la confession de ta propre bouche, ou je vais te passer cette épée au travers du corps.
Scapin. – Ah ! Monsieur, auriez-vous bien ce cœur-là ?
Léandre. – Parle donc.
Scapin. – Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?
Léandre. – Oui, coquin, et ta conscience ne te dit que trop ce que c’est.
Scapin. – Je vous assure que je l’ignore.
Léandre, s’avançant pour le frapper. – Tu l’ignores !
Octave, le retenant. – Léandre.
Scapin. – Hé bien ! Monsieur, puisque vous le voulez, je vous confesse que j’ai bu avec mes amis ce petit quartaut1 de vin d’Espagne dont on vous fit présent il y a quelques jours ; et que c’est moi qui fis une fente au tonneau, et répandis de l’eau autour, pour faire croire que le vin s’était échappé.
Léandre. – C’est toi, pendard, qui m’as bu mon vin d’Espagne, et qui as été cause que j’ai tant querellé la servante, croyant que c’était elle qui m’avait fait le tour ?
Scapin. – Oui, Monsieur : je vous en demande pardon.
Léandre. – Je suis bien aise d’apprendre cela ; mais ce n’est pas l’affaire dont il est question maintenant.
Scapin. – Ce n’est pas cela, Monsieur ? – Léandre. – Non : c’est une autre affaire qui me touche bien plus, et je veux que tu me la dises.
Scapin. – Monsieur, je ne me souviens pas d’avoir fait autre chose.
Léandre, le voulant frapper. – Tu ne veux pas parler ? – Scapin. – Eh ! – Octave. – Tout doux.
Scapin. – Oui, Monsieur, il est vrai qu’il y a trois semaines que vous m’envoyâtes porter, le soir, une petite montre à la jeune Égyptienne que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de boue, et le visage plein de sang, et vous dis que j’avais trouvé des voleurs qui m’avaient bien battu, et m’avaient dérobé la montre. C’était moi, Monsieur, qui l’avais retenue.
Léandre. – C’est toi qui as retenu ma montre ? – Scapin. – Oui, Monsieur, afin de voir quelle heure il est.
Léandre. – Ah ! ah ! j’apprends ici de jolies choses, et j’ai un serviteur fort fidèle vraiment. Mais ce n’est pas encore cela que je demande. – Scapin. – Ce n’est pas cela ? – Léandre. – Non, infâme : c’est autre chose encore que je veux que tu me confesses.
Scapin. – Hé bien ! oui, Monsieur, vous vous souvenez de ce loup-garou2, il y a six mois, qui vous donna tant de coups de bâton la nuit et vous pensa faire rompre le cou dans une cave où vous tombâtes en fuyant ? – Léandre. – Hé bien ? – Scapin. – C’était moi, Monsieur, qui faisais le loup-garou.
Léandre. – C’était toi, traître, qui faisais le loup-garou ? – Scapin. – Oui, Monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits comme vous aviez de coutume.
Léandre. – Je saurai me souvenir en temps et lieu de tout ce que je viens d’apprendre. Mais je veux venir au fait, et que tu me confesses ce que tu as dit à mon père. – Scapin. – À votre père ? – Léandre. – Oui, fripon, à mon père.
Scapin. – Je ne l’ai pas seulement vu depuis son retour. – Léandre. – Tu ne l’as pas vu ? – Scapin. – Non, Monsieur. – Léandre. – Assément ? – Scapin. – Assément. C’est une chose que je vais vous faire dire par lui-même.
Léandre. – C’est de sa bouche que je le tiens pourtant. – Scapin. – Avec votre permission, il n’a pas dit la vérité.
Molière, Les Fourberies de Scapin, Acte II, scène 3, 1671.
1 un quartaut : petit tonneau d’environ 57 litres.
Nom, Prénom, Classe :
Questions –     / 20
Compréhension du texte14 points
1. À quel genre littéraire appartient ce texte ? Justifiez votre réponse en indiquant deux éléments qui permettent de le reconnaître. (2 pts)
2. Que reproche Léandre à Scapin au début de la scène ? Appuyez-vous sur une citation du texte. (2 pts)
3. Quelles sont les trois fautes qu’avoue Scapin ? Citez le texte pour justifier chaque réponse. (3 pts)
4. Relevez cinq termes utilisés par Léandre pour désigner Scapin. À quel champ lexical appartiennent-ils ? (2 pts)
5. Scapin comprend-il ce qu’on lui reproche vraiment ? Comment appelle-t-on cette situation au théâtre ? Quel effet cela produit-il sur le spectateur ? (3 pts)
6. Relevez deux didascalies qui montrent un comique de gestes. Expliquez ce que chacune indique sur le jeu du comédien. (2 pts)
Questions de langue6 points
7. Relevez deux phrases impératives dans les répliques de Léandre. (2 pts)
8. Léandre appelle Scapin « pendard ». Que signifie ce mot ? Cochez la bonne réponse. (2 pts)
9. Réécrivez la phrase suivante en mettant les verbes à l’imparfait et en faisant tous les changements nécessaires : « J’apprends ici de jolies choses, et j’ai un serviteur fort fidèle vraiment. » (2 pts)

Correction

Acte II, scène 3 — Octave, Scapin, Léandre

Dans cette scène, Léandre revient de voyage et croit que Scapin l’a trahi en révélant ses secrets à son père Géronte. Il entre en scène furieux, prêt à se venger. Octave tente de s’interposer.

Scapin – Monsieur, que vous ai-je fait ?

Léandre, voulant le frapper. – Ce que tu m’as fait, traître ?

Octave, le retenant. – Eh ! doucement.

Léandre – Non, Octave, je veux qu’il me confesse lui-même tout à l’heure la perfidie2 qu’il m’a faite. Oui, coquin, je sais le trait que tu m’as joué, on vient de me l’apprendre ; et tu ne croyais pas peut-être que l’on me dût révéler ce secret ; mais je veux en avoir la confession de ta propre bouche, ou je vais te passer cette épée au travers du corps.

Scapin – Ah ! Monsieur, auriez-vous bien ce cœur-là ?

Léandre – Parle donc.

Scapin – Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?

Léandre – Oui, coquin, et ta conscience ne te dit que trop ce que c’est.

Scapin – Je vous assure que je l’ignore.

Léandre, s’avançant pour le frapper. – Tu l’ignores !

Octave, le retenant. – Léandre.

Scapin – Hé bien ! Monsieur, puisque vous le voulez, je vous confesse que j’ai bu avec mes amis ce petit quartaut1 de vin d’Espagne dont on vous fit présent il y a quelques jours ; et que c’est moi qui fis une fente au tonneau, et répandis de l’eau autour, pour faire croire que le vin s’était échappé.

Léandre – C’est toi, pendard, qui m’as bu mon vin d’Espagne, et qui as été cause que j’ai tant querellé la servante, croyant que c’était elle qui m’avait fait le tour ?

Scapin – Oui, Monsieur : je vous en demande pardon.

Léandre – Je suis bien aise d’apprendre cela ; mais ce n’est pas l’affaire dont il est question maintenant.

Scapin – Ce n’est pas cela, Monsieur ?

Léandre – Non : c’est une autre affaire qui me touche bien plus, et je veux que tu me la dises.

Scapin – Monsieur, je ne me souviens pas d’avoir fait autre chose.

Léandre, le voulant frapper. – Tu ne veux pas parler ?

Scapin – Eh !

Octave – Tout doux.

Scapin – Oui, Monsieur, il est vrai qu’il y a trois semaines que vous m’envoyâtes porter, le soir, une petite montre à la jeune Égyptienne que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de boue, et le visage plein de sang, et vous dis que j’avais trouvé des voleurs qui m’avaient bien battu, et m’avaient dérobé la montre. C’était moi, Monsieur, qui l’avais retenue.

Léandre – C’est toi qui as retenu ma montre ?

Scapin – Oui, Monsieur, afin de voir quelle heure il est.

Léandre – Ah ! ah ! j’apprends ici de jolies choses, et j’ai un serviteur fort fidèle vraiment. Mais ce n’est pas encore cela que je demande.

Scapin – Ce n’est pas cela ?

Léandre – Non, infâme : c’est autre chose encore que je veux que tu me confesses.

Scapin – Peste !

Léandre – Parle vite, j’ai hâte.

Scapin – Monsieur, voilà tout ce que j’ai fait.

Léandre, voulant frapper Scapin. – Voilà tout ?

Octave – Eh !

Scapin – Hé bien ! oui, Monsieur, vous vous souvenez de ce loup-garou, il y a six mois, qui donna tant de coups de bâton la nuit et vous pensa faire rompre le cou dans une cave où vous tombâtes en fuyant.

Léandre – Hé bien ?

Scapin – C’était moi, Monsieur, qui faisais le loup-garou.

Léandre – C’était toi, traître, qui faisais le loup-garou ?

Scapin – Oui, Monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits comme vous aviez de coutume.

Léandre – Je saurai me souvenir en temps et lieu de tout ce que je viens d’apprendre. Mais je veux venir au fait, et que tu me confesses ce que tu as dit à mon père.

Scapin – À votre père ?

Léandre – Oui, fripon, à mon père.

Scapin – Je ne l’ai pas seulement vu depuis son retour.

Léandre – Tu ne l’as pas vu ?

Scapin – Non, Monsieur.

Léandre – Assûrément ?

Scapin – Assûrément. C’est une chose que je vais vous faire dire par lui-même.

Léandre – C’est de sa bouche que je le tiens pourtant.

Scapin – Avec votre permission, il n’a pas dit la vérité.

1 quartaut : petit tonneau de vin.    2 perfidie : trahison grave, déloyauté.
Les Fourberies de Scapin, Molière, 1671.
Compréhension du texte 14 points
Ce texte appartient au genre théâtral. On peut le reconnaître grâce aux répliques précédées du nom des personnages, et grâce aux didascalies en italique qui indiquent les gestes et les déplacements des comédiens. On peut aussi mentionner l’organisation en actes et en scènes. 1 pt par élément justificatif correctement identifié (répliques avec nom des personnages / didascalies / organisation en actes et scènes). 2 éléments suffisent.

Léandre reproche à Scapin de l’avoir trahi : « je sais le trait que tu m’as joué, on vient de me l’apprendre. » Il veut que Scapin lui avoue sa faute de sa propre bouche, sans savoir exactement ce qu’on lui a rapporté. 1 pt pour le reproche (trahison / mauvais tour) + 1 pt pour une citation correcte. Si l’élève précise que Léandre ne sait pas exactement de quoi il s’agit : apprécié.

— Il a bu le vin d’Espagne offert à Léandre : « je vous confesse que j’ai bu avec mes amis ce petit quartaut de vin d’Espagne. »
— Il a volé et gardé la montre de Léandre : « C’était moi, Monsieur, qui l’avais retenue. »
— Il s’est déguisé en loup-garou pour faire peur à Léandre et le battre : « C’était moi, Monsieur, qui faisais le loup-garou. » 1 pt par faute correctement identifiée avec citation. Faute sans citation : 0,5 pt. Citation sans identification de la faute : 0,5 pt.

Cinq termes : « traître », « coquin », « pendard », « infâme », « fripon ». Ces mots appartiennent au champ lexical de la malhonnêteté / de la fourberie / de la tromperie. 1 pt pour cinq termes relevés (0,5 pt si trois ou quatre seulement) + 1 pt pour le champ lexical correctement nommé.

Non, Scapin ne comprend pas ce qu’on lui reproche : il ignore de quoi Léandre l’accuse et avoue d’autres fautes à la place. Cette situation s’appelle un quiproquo. L’effet produit est comique : le spectateur, qui comprend le malentendu mieux que les personnages, rit de voir Scapin s’accuser de tout sauf de ce qu’on lui demande. 1 pt pour « non, Scapin ne comprend pas » avec explication + 1 pt pour « quiproquo » + 1 pt pour l’effet comique (spectateur complice / rit du décalage).

Exemples attendus parmi : « voulant le frapper » → le comédien qui joue Léandre lève la main ou dégaine son épée pour menacer Scapin. « le retenant » → Octave attrape le bras de Léandre pour l’empêcher de frapper. « s’avançant pour le frapper » → Léandre fait un pas menaçant vers Scapin. Tout exemple précis avec explication du geste est accepté. 0,5 pt par didascalie correctement relevée (1 pt pour les deux) + 0,5 pt par explication du geste (1 pt pour les deux). Total : 2 pts.
Questions de langue 6 points
Exemples attendus : « Parle donc. » / « Parle vite, j’ai hâte. » Ces phrases sont impératives. 0,5 pt par phrase correctement relevée + 0,5 pt par justification (impératif présent, sans pronom sujet, exprime un ordre). Total : 2 pts.

Bonne réponse : b) un individu malhonnête qui mérite d’être pendu. « Pendard » vient de « pendre » et désigne quelqu’un de si coupable qu’il mériterait la pendaison. Léandre l’emploie comme insulte pour signifier que Scapin est un vaurien. 2 pts pour la bonne réponse cochée. 0 pt pour toute autre réponse.

J’apprenais ici de jolies choses, et j’avais un serviteur fort fidèle vraiment. 1 pt pour « j’apprenais » + 1 pt pour « j’avais ». Toute autre forme verbale incorrecte : 0 pt sur ce verbe. Le reste de la phrase ne change pas.