Lecture 1 – La scène d'exposition

5e
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Activité 1 - Lire le texte

Avant la lecture
Quelle émotion Octave ressent-il au début de cette scène ?

Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.

Acte I, scène 1 — Octave, Sylvestre

Octave – Ah ! fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux ! Dures extrémités où je me vois réduit ! Tu viens, Sylvestre, d'apprendre au port, que mon père revient ?

Sylvestre – Oui.

Octave – Qu'il arrive ce matin même ?

Sylvestre – Ce matin même.

Octave – Et qu'il revient dans la résolution de me marier ?

Sylvestre – Oui.

Octave – Avec une fille du seigneur Géronte ?

Sylvestre – Du seigneur Géronte.

Octave – Et que cette fille est mandée1 de Tarente ici pour cela ?

Sylvestre – Oui.

Octave – Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ?

Sylvestre – De votre oncle.

Octave – À qui mon père les a mandées par une lettre ?

Sylvestre – Par une lettre.

Octave – Et cet oncle, dis-tu, sait toutes nos affaires ?

Sylvestre – Toutes nos affaires.

Octave – Ah ! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche.

Sylvestre – Qu'ai-je à parler davantage ? Vous n'oubliez aucune circonstance, et vous dites les choses tout justement comme elles sont.

Octave – Conseille-moi, du moins, et me dis ce que je dois faire dans ces cruelles conjonctures2.

Sylvestre – Ma foi ! je m'y trouve autant embarrassé que vous ; et j'aurais bon besoin que l'on me conseillât moi-même.

Octave – Je suis assassiné par ce maudit retour.

Sylvestre – Je ne le suis pas moins.

Octave – Lorsque mon père apprendra les choses, je vais voir fondre sur moi un orage soudain d'impétueuses3 réprimandes4.

Sylvestre – Les réprimandes ne sont rien ; et plût au Ciel que j'en fusse quitte à ce prix ! Mais j'ai bien la mine, pour moi, de payer plus cher vos folies ; et je vois se former, de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.

Octave – Ô Ciel ! par où sortir de l'embarras où je me trouve ?

Sylvestre – C'est à quoi vous deviez songer avant que de vous y jeter.

Octave – Ah ! tu me fais mourir par tes leçons hors de saison.

Sylvestre – Vous me faites bien plus mourir par vos actions étourdies.

Octave – Que dois-je faire ? Quelle résolution prendre ? À quel remède recourir ?

Molière, Les Fourberies de Scapin, Acte I, scène 1, 1671.
1. mandée : convoquée, appelée.   2. conjonctures : circonstances difficiles.   3. impétueuses : violentes, qui arrivent avec force.   4. réprimandes : reproches sévères.

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

Qui sont les deux personnages de cette scène ? Que sait-on d'eux ?
Octave est un jeune homme de bonne famille. Sylvestre est son valet. Ils se connaissent bien et se parlent librement.
Quelle mauvaise nouvelle Octave apprend-il ? Pourquoi le trouble-t-elle autant ?
Le père d'Octave revient ce matin même et veut le marier à la fille du seigneur Géronte. Cela trouble Octave parce qu'il semble cacher quelque chose à son père — une histoire dont on ne sait pas encore tout.
Sylvestre partage-t-il l'inquiétude d'Octave ? Que risque-t-il, lui aussi ?
Oui. En tant que valet, Sylvestre craint d'être puni pour n'avoir pas surveillé son maître. Il imagine déjà « un nuage de coups de bâton qui crèvera sur ses épaules ».

Activité 3 - Repérer et interpréter

Observez les réponses de Sylvestre : « Oui. », « Ce matin même. », « Par une lettre. »… Est-ce qu'il apprend quelque chose, ou confirme-t-il seulement ce qu'il sait déjà ? Si Sylvestre sait déjà tout, alors à qui Octave parle-t-il vraiment ?
Non, Sylvestre sait déjà tout — c'est lui qui a apporté les nouvelles à Octave. Ses courtes réponses (« Oui. », « Par une lettre. ») le confirment. En répétant les informations sous forme de questions, Octave ne s'adresse pas vraiment à Sylvestre : il s'adresse aux spectateurs, qui, eux, découvrent la situation pour la première fois. C'est le principe de la double-énonciation.

Cherchez les mots ou groupes de mots négatifs que dit Octave sur sa situation. Lisez attentivement ses premières répliques et ses dernières.
Octave utilise des expressions comme « Dures extrémités où je me vois réduit ! », « Je suis assassiné par ce maudit retour. » ou encore « À quel remède recourir ? ». Ces expressions montrent qu'il se sent piégé et désespéré, incapable de trouver une issue.

Cherchez dans le texte comment Octave et Sylvestre désignent ce qu'Octave a fait, sans jamais le dire clairement : « nos… », « les… », « vos… ». Une fois que vous avez trouvé, demandez-vous : si Molière avait tout expliqué dès le début, aurait-on encore envie de lire la suite ?
Octave et Sylvestre parlent du secret avec des expressions vagues : « nos affaires », « les choses », « vos folies ». Ils ne disent jamais clairement ce qu'Octave a fait. Molière choisit de ne pas tout révéler pour créer le suspense : si on savait tout dès la première scène, on n'aurait plus envie de lire la suite.

Activité 4 - Faire le bilan

4. En quoi cette première scène donne-t-elle envie de lire la suite ?
On sait qu'Octave cache quelque chose à son père, mais on ne sait pas encore ce que c'est. Le retour imminent du père crée une menace. On veut savoir comment Octave va s'en sortir.
Bilan :
La scène d'exposition est la première scène d'une pièce. Elle présente les personnages, la situation et crée le suspense en taisant une partie de l'histoire. Dans cette scène, on apprend que le père d'Octave revient et veut le marier, mais le secret d'Octave reste mystérieux.

Au théâtre, les répliques sont destinées à la fois aux autres personnages et aux spectateurs : c'est la double-énonciation.

Activité 5 - Prendre des notes

Du texte à la scène
Regardez l'extrait de la mise en scène de Pierre Fox (2004). Selon vous, qu'est-ce que le metteur en scène a respecté ? Qu'est-ce qu'il a choisi de modifier ou d'ajouter ?
Ce qui est respecté :
Le texte de Molière est joué tel quel, sans réécriture. Le décor représente un port, conformément au texte : Scapin dit qu'il est allé « promener sur le port ».

Ce qui est modifié ou ajouté :
Les costumes sont modernes — béret, costume contemporain, t-shirt et cravate — et rappellent l'époque du cinéma muet plutôt que le XVIIe siècle. La musique est un ajout du metteur en scène : Scapin joue de l'accordéon, Sylvestre tient une guitare et en joue à un moment de la scène. Certains éléments du décor sont modernisés : les barils présents sur scène sont des objets contemporains.

Conclusion :
Un metteur en scène peut respecter le texte de Molière tout en faisant des choix artistiques libres — costumes, musique, décor. C'est ce qu'on appelle une liberté de mise en scène.