Évaluation – Le conte merveilleux
- Lire et comprendre un texte littéraire inconnu en s'appuyant sur les acquis de la séquence.
- Identifier les caractéristiques du conte merveilleux dans un extrait nouveau.
- Évaluer les compétences construites au fil de la séquence sur le conte merveilleux.
Comment reconnaître les caractéristiques du conte merveilleux dans un texte inconnu ?
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Sujet
La Belle a décidé de se sacrifier pour sauver son père et elle est devenue la prisonnière de la Bête. En visitant le château, elle comprend que la Bête n'a pas l'intention de lui faire du mal.
— Vous êtes le maître, répondit la Belle en tremblant.
— Non, répondit la Bête ; il n'y a ici de maîtresse que vous ; vous n'avez qu'à me dire de m'en aller si je vous ennuie, je sortirai tout de suite. Dites-moi : n'est-ce pas, que vous me trouvez bien laid ?
— Cela est vrai, dit la Belle, car je ne sais pas mentir ; mais je crois que vous êtes fort bon.
— Vous avez raison, dit le monstre ; mais, outre que je suis laid, je n'ai point d'esprit : je sais bien que je ne suis qu'une bête.
— On n'est pas bête, reprit la Belle, quand on croit n'avoir point d'esprit : un sot2 n'a jamais su cela.
— Mangez donc, la Belle, lui dit le monstre, et tâchez de ne vous point ennuyer dans votre maison ; car tout ceci est à vous. J'aurais du chagrin si vous n'étiez pas contente.
— Vous avez bien de la bonté, dit la Belle. Je vous avoue que je suis bien contente de votre cœur : quand j'y pense, vous ne me paraissez plus si laid.
— Oh ! dame oui ! répondit la Bête, j'ai le cœur bon, mais je suis un monstre.
— Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle ; et je vous aime mieux avec votre figure que ceux qui, avec la figure d'homme, cachent un cœur faux, corrompu, ingrat.
— Si j'avais de l'esprit, reprit la Bête, je vous ferais un grand compliment pour vous remercier ; mais je suis un stupide, et tout ce que je puis vous dire, c'est que je vous suis bien obligé. »
Elle fut quelque temps sans répondre : elle avait peur d'exciter la colère du monstre en le refusant, elle lui dit pourtant en tremblant :
« Non, la Bête ».
1 frémir : trembler. 2 sot : idiot. 3 compassion : pitié, sentiment de tristesse devant le malheur d'autrui.
Nature :
Fonction :
Correction
J.-M. Leprince de Beaumont, La Belle et la Bête
Le soir, comme elle allait se mettre à table, elle entendit le bruit que faisait la Bête, et ne put s'empêcher de frémir1.
« La Belle, lui dit ce monstre, voulez-vous bien que je vous voie souper ?
— Vous êtes le maître, répondit la Belle en tremblant.
— Non, répondit la Bête ; il n'y a ici de maîtresse que vous ; vous n'avez qu'à me dire de m'en aller si je vous ennuie, je sortirai tout de suite. Dites-moi : n'est-ce pas, que vous me trouvez bien laid ?
— Cela est vrai, dit la Belle, car je ne sais pas mentir ; mais je crois que vous êtes fort bon.
— Vous avez raison, dit le monstre ; mais, outre que je suis laid, je n'ai point d'esprit : je sais bien que je ne suis qu'une bête.
— On n'est pas bête, reprit la Belle, quand on croit n'avoir point d'esprit : un sot2 n'a jamais su cela.
— Mangez donc, la Belle, lui dit le monstre, et tâchez de ne vous point ennuyer dans votre maison ; car tout ceci est à vous. J'aurais du chagrin si vous n'étiez pas contente.
— Vous avez bien de la bonté, dit la Belle. Je vous avoue que je suis bien contente de votre cœur : quand j'y pense, vous ne me paraissez plus si laid.
— Oh ! dame oui ! répondit la Bête, j'ai le cœur bon, mais je suis un monstre.
— Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle ; et je vous aime mieux avec votre figure que ceux qui, avec la figure d'homme, cachent un cœur faux, corrompu, ingrat.
— Si j'avais de l'esprit, reprit la Bête, je vous ferais un grand compliment pour vous remercier ; mais je suis un stupide, et tout ce que je puis vous dire, c'est que je vous suis bien obligé. »
La Belle soupa de bon appétit. Elle n'avait presque plus peur du monstre ; mais elle manqua mourir de frayeur lorsqu'il lui dit :
« La Belle, voulez-vous être ma femme ?
Elle fut quelque temps sans répondre : elle avait peur d'exciter la colère du monstre en le refusant, elle lui dit pourtant en tremblant :
« Non, la Bête ».
Dans le moment ce pauvre monstre voulut soupirer, et il fit un sifflement si épouvantable, que tout le palais en retentit ; mais la Belle fut bientôt rassurée, car la Bête lui ayant dit tristement : « Adieu donc, la Belle », sortit de la chambre, en se retournant de temps en temps pour la regarder encore. Belle, se voyant seule, sentit une grande compassion3 pour cette pauvre Bête.
« Hélas ! disait-elle, c'est bien dommage qu'elle soit si laide, elle est si bonne ! »