Lecture 4 – Le dénouement
- Lire et comprendre un texte de théâtre : identifier les mécanismes du dénouement dans une comédie.
- Interpréter : comprendre comment Molière utilise le coup de théâtre pour résoudre les tensions de la pièce.
- Comprendre le rôle du dénouement dans une comédie : comment la ruse de Sganarelle se retourne en sa faveur.
Comment Sganarelle, au bord du gouffre, est-il sauvé in extremis — et à quel prix ?
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Activité 1 - Lire le texte et visionner la captation
Le dénouement
Acte III – scène 9
MARTINE, SGANARELLE, LUCAS
1 MARTINE. – Ah ! Mon Dieu ! Que j'ai eu de peine à trouver ce logis ! Dites-moi un peu des nouvelles du médecin que je vous ai donné.
LUCAS. – Le velà qui va être pendu.
5 MARTINE. – Quoi ? Mon mari pendu ! Hélas ! Et qu'a-t-il fait pour cela ?
LUCAS. – Il a fait enlever la fille de notre maître.
MARTINE. – Hélas ! Mon cher mari, est-il bien vrai qu'on te va pendre ?
SGANARELLE. – Tu vois. Ah !
MARTINE. – Faut-il que tu te laisses mourir en présence de tant de gens ?
10 SGANARELLE. – Que veux-tu que j'y fasse ?
MARTINE. – Encore, si tu avais achevé de couper notre bois, je prendrais quelque consolation.
SGANARELLE. – Retire-toi de là, tu me fends le cœur.
MARTINE. – Non, je veux demeurer pour t'encourager à la mort et je ne te quitterai point que je ne t'aie vu pendu.
15 SGANARELLE. – Ah !
Acte III – scène 10
GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE, LUCAS
20 GÉRONTE, à Sganarelle. – Le commissaire viendra bientôt et l'on s'en va vous mettre en lieu où l'on me répondra de vous1.
SGANARELLE, le chapeau à la main. – Hélas ! cela ne se peut-il point changer en quelques coups de bâton2 ?
GÉRONTE. – Non, non : la justice en ordonnera3… Mais que vois-je ?
Acte III – scène 11 et dernière
LÉANDRE, LUCINDE, JACQUELINE, LUCAS, GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE
25 LÉANDRE. – Monsieur, je tiens à faire paraître Léandre à vos yeux et remettre Lucinde en votre pouvoir. Nous avons eu dessein4 de prendre la fuite nous deux et de nous aller marier ensemble ; mais cette entreprise a fait place à un procédé plus honnête. Je ne prétends point vous voler
30 votre fille et ce n'est que de votre main que je veux la recevoir. Ce que je vous dirai, monsieur, c'est que je viens tout à l'heure de recevoir des lettres, par où j'apprends que mon oncle est mort et que je suis héritier de tous ses biens.
35 GÉRONTE. – Monsieur, votre vertu m'est tout à fait considérable et je vous donne ma fille avec la plus grande joie du monde.
SGANARELLE. – La médecine l'a échappé belle !
MARTINE. – Puisque tu ne seras point pendu, rends-moi grâce d'être médecin, car c'est moi qui t'ai procuré cet honneur.
40 SGANARELLE. – Oui, c'est toi qui m'as procuré je ne sais combien de coups de bâton.
LÉANDRE, à Sganarelle. – L'effet en est trop beau pour en garder du ressentiment.
45 SGANARELLE. – Soit, je te pardonne ces coups de bâton en faveur de la dignité où tu m'as élevé ; mais prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec un homme de ma conséquence5 et songe que la colère d'un médecin est plus à craindre qu'on ne peut croire.
FIN
De plumes et de pages 6e, Magnard, 2025, p. 232-233.
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Dans ce dénouement, toutes les tensions de la pièce se résolvent grâce à un coup de théâtre : l'arrivée inattendue de Léandre, devenu riche héritier, bouleverse la situation en un instant. Géronte, poussé par l'argent, donne enfin sa fille à Léandre, et Sganarelle est sauvé de la potence. Jusqu'à la dernière réplique, Molière maintient le comique : Sganarelle, qui n'a rien fait pour mériter sa liberté, se donne des airs de grand médecin et pardonne les coups de bâton comme un seigneur.
Activité 5 - Retour sur ma lecture
… utilise la ruse et le mensonge pour se sortir de toutes les situations difficiles.
… fait rire le spectateur par ses défauts, ses bêtises et sa prétention.
… est sauvé in extremis au dénouement — non pas grâce à lui, mais grâce à Léandre.
— Faire des liens : relier les scènes entre elles pour suivre la progression de la ruse de Sganarelle d'un extrait à l'autre.
— Faire une inférence : deviner ce que les personnages pensent vraiment ou ce que Molière veut dire sans l'écrire directement.