Lecture 3 – Le remède

p. 230-231
Compétences
Objectifs
Problématique

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Captation — Le Médecin malgré lui, compagnie Colette Roumanoff

Activités

Rappels

Rappel de la séance précédente
Dans la scène de la consultation, qu'a fait Sganarelle pour convaincre Géronte qu'il était un vrai médecin ?
Sganarelle a inventé un jargon médical mêlé de faux latin absurde, fait semblant d'ausculter Lucinde et expliqué sa maladie avec des mots sans aucun sens. Il a aussi prétendu que le cœur était à droite et le foie à gauche — l'inverse de la réalité. Malgré tout, Géronte l'a cru.

Activité 1 - Lire le texte et visionner la captation

Avant la lecture
Selon vous, Sganarelle va-t-il réussir à guérir Lucinde ?

Le remède

Sganarelle est abordé par Léandre, amoureux de Lucinde. Ce dernier lui avoue que la jeune fille feint d'être muette pour échapper au mariage que son père veut lui imposer. Il lui demande de l'aider à se déguiser en apothicaire pour revoir Lucinde. Sganarelle accepte contre une bonne somme d'argent.

JACQUELINE, LUCINDE, GÉRONTE, LÉANDRE, SGANARELLE
JACQUELINE. – Monsieur, velà votre fille qui veut un peu marcher.
SGANARELLE. – Cela lui fera du bien. Allez-vous-en, monsieur l'apothicaire, tâter un peu son pouls, afin que je raisonne tantôt avec vous de sa maladie. (En cet endroit, il tire Géronte à un bout du théâtre et, lui passant un bras sur les épaules, lui rabat la main sous le menton, avec laquelle il le fait retourner vers lui, lorsqu'il veut regarder ce que sa fille et l'apothicaire font ensemble, lui tenant, cependant, le discours suivant pour l'amuser.) Monsieur, c'est une grande et subtile question entre les doctes,3 de savoir si les femmes sont plus faciles à guérir que les hommes. Je vous prie d'écouter ceci, s'il vous plaît. Les uns disent que non, les autres disent que oui et moi je dis que oui et non. [...]

LUCINDE. – Non, je ne suis point du tout capable de changer de sentiment.
GÉRONTE. – Voilà ma fille qui parle ! Ô grande vertu du remède ! Ô admirable médecin ! Que je vous suis obligé, monsieur, de cette guérison merveilleuse ! Et que puis-je faire pour vous après un tel service ?
SGANARELLE, se promenant sur le théâtre et s'essuyant le front. – Voilà une maladie qui m'a bien donné de la peine !

LUCINDE. – Oui, mon père, j'ai recouvré la parole ; mais je l'ai recouvrée pour vous dire que je n'aurai jamais d'autre époux que Léandre et que c'est inutilement que vous voulez me donner Horace.
GÉRONTE. – Mais…
LUCINDE. – Rien n'est capable d'ébranler la résolution4 que j'ai prise. […] Mon cœur ne saurait se soumettre à cette tyrannie.5
GÉRONTE. – La…
LUCINDE. – Et je me jetterai plutôt dans un couvent que d'épouser un homme que je n'aime point.
GÉRONTE. – Mais…
LUCINDE, parlant d'un ton de voix à étourdir. – Non. En aucune façon. Point d'affaires. Vous perdez le temps. Je n'en ferai rien. Cela est résolu.
GÉRONTE. – Ah ! Quelle impétuosité de paroles ! Il n'y a pas moyen d'y résister. Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.
SGANARELLE. – C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour votre service est de vous rendre sourd, si vous voulez. [...]
GÉRONTE. – Tu épouseras Horace dès ce soir.

LUCINDE. – J'épouserai plutôt la mort.
SGANARELLE, à Géronte. – Mon Dieu ! Arrêtez-vous, laissez-moi médicamenter cette affaire. […] J'ai des remèdes pour tout et notre apothicaire nous servira pour cette cure. (Il appelle l'apothicaire et lui parle.) Un mot. Vous voyez que l'ardeur6 qu'elle a pour ce Léandre est tout à fait contraire aux volontés du père […] et qu'il est nécessaire de trouver promptement un remède à ce mal, qui pourrait empirer par le retardement. Pour moi, je n'y en vois qu'un seul, qui est une prise de fuite purgative7 […]. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin, afin de préparer les humeurs,8 tandis que j'entretiendrai ici son père ; mais surtout ne perdez point de temps. Au remède, vite ! Au remède spécifique !

Molière, Le Médecin malgré lui, Acte III, scène 6, 1666.
1. apothicaire : celui qui prépare les remèdes (ancêtre du pharmacien).
2. l'amuser : détourner son attention.
3. doctes : savants.
4. résolution : décision ferme.
5. tyrannie : pouvoir absolu imposé par la force.
6. ardeur : sentiment amoureux très fort.
7. prise de fuite purgative : ici, « fuite » comme remède — Sganarelle parle en langage médical pour dire à Léandre de s'enfuir avec Lucinde.
8. humeurs : au XVIIe siècle, fluides du corps censés déterminer le tempérament d'une personne.

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

Comment Sganarelle fait-il pour permettre à Léandre de parler à Lucinde en secret ? Où trouve-t-on cette information dans le texte ?
Cette information se trouve dans la didascalie en italique (lignes 5 à 9). Sganarelle entraîne Géronte à l'écart et lui parle pour le distraire, pendant que Léandre s'approche de Lucinde sans que le père le voie.
Comment Géronte réagit-il lorsqu'il entend soudain sa fille parler ?
Il est émerveillé et remercie Sganarelle avec enthousiasme. Il croit que c'est le remède du médecin qui a guéri sa fille.
Pourquoi Lucinde se remet-elle à parler ? Que souhaite-t-elle dire ?
Elle refuse d'épouser Horace. Elle dit qu'elle aime Léandre et qu'elle préférerait entrer dans un couvent plutôt que d'obéir à son père.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Rappelez-vous ce que Léandre a dit à Sganarelle au début : Lucinde était-elle vraiment muette ? Pourquoi reprend-elle la parole à ce moment précis ?
Lucinde se remet à parler parce qu'elle faisait semblant d'être muette (le chapeau dit : "feint d'être muette pour échapper au mariage"). Elle reprend la parole dès qu'elle a parlé avec Léandre, car elle a maintenant quelque chose d'important à dire à son père. Sganarelle n'a rien guéri : il n'y avait rien à guérir.

Cherchez la définition du mot « tyrannie » dans les notes. Qui oblige Lucinde à faire quelque chose contre sa volonté ?
La tyrannie, c'est le pouvoir de son père qui lui impose d'épouser un homme qu'elle n'aime pas : « Tu épouseras Horace dès ce soir » (l. 35). Au XVIIe siècle, les jeunes gens ne choisissaient pas la personne qu'ils allaient épouser. En utilisant le mot « tyrannie », Molière dénonce cette injustice.

Le mot « purgative » appartient au vocabulaire médical. Mais regardez ce que Sganarelle demande à Léandre de faire concrètement : est-ce vraiment un soin ?
Le « remède », c'est la fuite. Derrière « une prise de fuite purgative », Sganarelle demande à Léandre d'emmener Lucinde « faire un petit tour de jardin » — pour s'échapper avec elle, pas pour la soigner. Il parle comme un médecin pour que Géronte ne comprenne pas. Cela montre que Sganarelle est rusé.

Activité 4 - Faire le bilan

4. Comment Sganarelle parvient-il à aider les deux amoureux dans cette scène ?
Sganarelle utilise deux ruses. D'abord, il retient Géronte avec un discours inventé pendant que Léandre et Lucinde se parlent en secret. Ensuite, il leur conseille discrètement la fuite : « Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin. »
Bilan :
Dans cette scène, Sganarelle utilise la ruse pour permettre à Lucinde et à Léandre de se retrouver : il retient Géronte avec un discours inventé pendant que les deux amoureux se parlent librement. Quand Lucinde retrouve la parole, elle s'en sert pour refuser le mariage imposé par son père. Puis Sganarelle leur conseille discrètement la fuite : « Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin. »

Activité 5 - Analyser une mise en scène

Mise en scène
1. Dans cette mise en scène, comment Sganarelle empêche-t-il Géronte de voir ce que font Lucinde et Léandre ? Comparez avec ce que dit la didascalie dans le texte.
Dans cette mise en scène, Sganarelle agite les mains juste devant le visage de Géronte pour capter son attention et l'empêcher de regarder ailleurs. Dans le texte, la didascalie décrit des gestes différents : Sganarelle lui rabat la main sous le menton et le force à se retourner vers lui. Le résultat est le même — Géronte ne voit rien — mais le metteur en scène a fait un choix différent.
2. Observez Géronte pendant que Sganarelle lui parle. Comment réagit-il ? Qu'est-ce que cela révèle sur son personnage ?
Géronte hoche la tête et écoute avec attention, comme s'il comprenait. Cela montre qu'il est crédule — il croit tout ce que dit le faux médecin sans jamais remettre en question ses propos absurdes. C'est un comique de caractère.