Lecture 1 – La scène d'exposition

p. 226–227
Compétences
Objectif
Problématique

Support

Captation — Le Médecin malgré lui, compagnie Colette Roumanoff

Activités

Rappels

Rappel de la séance précédente
Pouvez-vous rappeler de quoi parle la pièce que nous allons étudier ?
Le Médecin malgré lui raconte l'histoire d'un bûcheron qui se fait passer pour un médecin.

Activité 1 - Lire le texte et visionner la captation

Avant la lecture
Les personnages que vous allez rencontrer sont mari et femme. En lisant, observez comment chacun se comporte avec l'autre.

Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.

L'exposition

Sganarelle est un bûcheron paresseux et ivrogne, marié à Martine. Au lever du rideau, ils se disputent violemment.

Sganarelle et Martine, paraissant sur le théâtre en se querellant.

SGANARELLE. – Non, je te dis que je n'en veux rien faire et que c'est à moi de parler et d'être le maître.
MARTINE. – Et je te dis, moi, que je veux que tu vives à ma fantaisie et que je ne me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines1.
SGANARELLE. – Ô la grande fatigue que d'avoir une femme ! Et qu'Aristote2 a bien raison, quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon !
MARTINE. – Voyez un peu l'habile homme, avec son benêt3 d'Aristote !
SGANARELLE. – Oui, habile homme, trouve-moi un faiseur de fagots4, qui sache, comme moi, raisonner des choses, qui ait servi six ans un fameux médecin et qui ait su dans son jeune âge, son rudiment5 par cœur.
MARTINE. – Peste du fou fieffé6 !
SGANARELLE. – Peste de la carogne7 ! […] Tu fus bien heureuse de me trouver.
MARTINE. – Qu'appelles-tu bien heureuse de te trouver ? Un homme qui me réduit à l'hôpital8, un débauché9, un traître, qui me mange tout ce que j'ai ?
SGANARELLE. – Tu as menti : j'en bois une partie.
MARTINE. – Qui me vend, pièce à pièce, tout ce qui est dans le logis.
SGANARELLE. – C'est vivre de ménage10.
MARTINE. – Qui m'a ôté jusqu'au lit que j'avais.
SGANARELLE. – Tu t'en lèveras plus matin.
MARTINE. – Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison.
SGANARELLE. – On en déménage plus aisément.
MARTINE. – Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire.
SGANARELLE. – C'est pour ne me point ennuyer.
MARTINE. – Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille ?
SGANARELLE. – Tout ce qu'il te plaira.
MARTINE. – J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
SGANARELLE. – Mets-les à terre.
MARTINE. – Qui me demandent à toute heure du pain.
SGANARELLE. – Donne-leur le fouet : quand j'ai bien bu et bien mangé, je veux que tout le monde soit soûl11 dans ma maison.
MARTINE. – Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même ?
SGANARELLE. – Ma femme, allons tout doucement, s'il vous plaît.
MARTINE. – Que j'endure éternellement tes insolences et tes débauches ? […]
SGANARELLE. – Ma femme, vous savez que je n'ai pas l'âme endurante12 et que j'ai le bras assez bon.
MARTINE. – Je me moque de tes menaces.
SGANARELLE. – Ma petite femme, ma mie13, votre peau vous démange, à votre ordinaire.
MARTINE. – Je te montrerai bien que je ne te crains nullement. […]
SGANARELLE. – Je vous battrai.
MARTINE. – Sac à vin !
SGANARELLE. – Je vous rosserai14.
MARTINE. – Infâme !
SGANARELLE. – Je vous étrillerai15.
MARTINE. – Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, bélitre16, fripon, maraud17, voleur… !
SGANARELLE. Il prend un bâton et lui en donne. – Ah ! Vous en voulez donc !
MARTINE. – Ah, ah, ah, ah !
SGANARELLE. – Voilà le vrai moyen de vous apaiser.

Molière, Le Médecin malgré lui, Acte I, scène 1, 1666.
1. fredaines : folies.   2. Aristote : grand philosophe de l'Antiquité.   3. benêt : sot, stupide.   4. un faiseur de fagots : un bûcheron.   5. rudiment : principaux savoirs scientifiques.   6. fou fieffé : le plus grand fou du monde.   7. carogne : mauvaise femme.   8. qui me réduit à l'hôpital : qui me réduit à la misère.   9. un débauché : quelqu'un qui mange et boit trop.   10. ménage : gérer une maison (ici : ironie).   11. soûl : rassasié, repu.   12. je n'ai pas l'âme endurante : je ne suis pas très patient.   13. ma mie : mon amie.   14. je vous rosserai : je vous battrai.   15. je vous étrillerai : je vous battrai.   16. bélitre : gros paresseux.   17. maraud : synonyme de coquin, fripon.

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

C'est la toute première scène de la pièce. Quelles informations nous donne-t-elle ?
Elle nous donne les noms des personnages : Sganarelle et Martine, leur relation — ils sont mari et femme — et le fait qu'ils ne s'entendent pas.
Comment la dispute se termine-t-elle ?
Sganarelle prend un bâton et bat Martine. Il dit que c'est « le vrai moyen de l'apaiser ».
Après avoir été battue, que va probablement faire Martine ?
Elle va chercher à se venger.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Lisez les répliques de Martine à partir de « Un homme qui me réduit à l'hôpital… ». Relevez les groupes de mots qui commencent par « un » ou « qui ». Chaque groupe décrit un défaut.
Martine reproche à Sganarelle d'être un débauché, un traître, de vendre les meubles, de boire l'argent de la famille et de ne pas s'occuper des enfants. Il est présenté comme un homme irresponsable et égoïste.

Observez les répliques courtes de Sganarelle après chaque accusation de Martine. Est-ce qu'il se défend sérieusement ou est-ce qu'il plaisante ? Qu'est-ce que cela dit de lui ?
Sganarelle répond par de courtes répliques comiques — il ne nie pas, il retourne les accusations en plaisanteries (« Tu as menti : j'en bois une partie »). Cela montre qu'il se moque des reproches de sa femme et qu'il ne prend rien au sérieux.

Pensez à ce que vous savez déjà : Martine va se venger de Sganarelle en le faisant passer pour un médecin. Cette scène vous permet-elle de comprendre pourquoi elle veut se venger ?
Molière commence par cette dispute pour montrer d'emblée qui sont les personnages et les raisons du conflit. La violence de Sganarelle contre Martine explique pourquoi elle va vouloir se venger — la ruse naîtra de cette humiliation.

Activité 4 - Faire le bilan

4. On appelle la première scène d'une pièce de théâtre la « scène d'exposition ». Pouvez-vous expliquer pourquoi — que nous expose-t-elle ?
Elle nous expose, c'est-à-dire elle nous présente, les personnages, leur relation et la situation de départ. On comprend aussi que Martine va chercher à se venger — c'est ce qui va déclencher toute la pièce.
Bilan :
La première scène d'une pièce de théâtre s'appelle la scène d'exposition : elle nous présente les personnages, leur relation et la situation de départ. Ici, on découvre que Sganarelle est un mari brutal et que Martine, humiliée et battue, va chercher à se venger — c'est ce qui va déclencher toute l'intrigue.

Activité 5 - Lire à voix hautes

Lecture à voix haute
À deux, lisez à voix haute la dispute entre Sganarelle et Martine, des lignes 15 à 34 (« Qu'appelles-tu bien heureuse… » jusqu'à « Tout ce qu'il te plaira »). Pensez à ces trois critères : vitesse (accélérez quand la dispute monte), volume (parlez fort, comme dans une vraie dispute), émotion (Martine est en colère, Sganarelle se moque — faites-le entendre).
Critères d'écoute pour la classe : est-ce qu'on comprend clairement qui parle à chaque réplique ? Est-ce que la différence entre la colère de Martine et l'ironie de Sganarelle s'entend ? Est-ce que le rythme s'accélère bien vers la fin du passage ?