Lecture 4 – La maladie d'amour
- Lire et comprendre un texte de fiction en identifiant les intentions d'un personnage.
- Repérer et interpréter les interventions du conteur dans le récit.
- Comprendre comment le conteur suggère les intentions de Peau d'Âne sans les révéler complètement, en laissant le lecteur conclure par lui-même.
Comment le conteur nous laisse-t-il deviner les intentions de Peau d'Âne ?
Activités
Rappels
Activité 1 - Lire le texte
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La maladie d'amour
« Oui ma mère, je désire que Peau d'Âne me fasse un gâteau, et que, dès qu'il sera fait, on me l'apporte. »
La reine, étonnée de ce nom bizarre, demanda qui était cette Peau d'Âne. « C'est, madame, reprit un de ses officiers qui par hasard avait vu cette fille, c'est la plus vilaine1 bête après le loup ; une peau noire, une crasseuse, qui loge dans votre métairie et qui garde vos dindons. – N'importe, dit la reine ; mon fils, au retour de la chasse, a peut-être mangé de sa pâtisserie ; c'est une fantaisie de malade, en un mot, je veux que Peau d'Âne (puisque Peau d'Âne il y a) lui fasse promptement un gâteau. »
On courut à la métairie, et l'on fit venir Peau d'Âne, pour lui ordonner de faire de son mieux un gâteau pour le prince.
Quelques auteurs ont assuré que Peau d'Âne, au moment que ce prince avait mis l'œil à la serrure, les siens l'avaient aperçu : et puis, que regardant par sa petite fenêtre, elle avait vu ce prince si jeune, si beau et si bien fait, que l'idée lui en était restée, et que souvent ce souvenir lui avait coûté quelques soupirs. Quoi qu'il en soit, Peau d'Âne l'ayant vu, ou en ayant beaucoup entendu parler avec éloge, ravie de pouvoir trouver un moyen d'être connue2, s'enferma dans sa chambre, jeta sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, se coiffa de ses blonds cheveux, mit un beau corset d'argent brillant, un jupon pareil, et se mit à faire le gâteau tant désiré : elle prit de la plus pure farine, des œufs et du beurre bien frais. En travaillant, soit de dessein3 ou autrement, une bague qu'elle avait au doigt tomba dans la pâte, s'y mêla ; et dès que le gâteau fut cuit, s'affublant de son horrible peau, elle donna le gâteau à l'officier qui courut chez le prince lui porter ce gâteau.
Le prince le prit avidement des mains de cet homme, et le mangea avec une telle vivacité, que les médecins, qui étaient présents, ne manquèrent pas de dire que cette fureur n'était pas un bon signe : effectivement, le prince pensa s'étrangler par la bague qu'il trouva dans un des morceaux du gâteau ; mais il la tira adroitement de sa bouche : et son ardeur à dévorer ce gâteau se ralentit, en examinant cette fine émeraude, montée sur un jonc d'or, dont le cercle était si étroit, qu'il jugea ne pouvoir servir qu'au plus joli doigt du monde.
Il baisa mille fois cette bague, la mit sous son chevet, et l'en tirait à tout moment, quand il croyait n'être vu de personne.
Le tourment qu'il se donna, pour imaginer comment il pourrait voir celle à qui cette bague pouvait aller ! La fièvre le reprit fortement ; et les médecins, ne sachant plus que faire, déclarèrent à la reine que le prince était malade d'amour.
La reine accourut chez son fils, avec le roi, qui se désolait : « Mon père et ma mère, leur dit-il, je n'ai point dessein de faire une alliance qui vous déplaise4 ; et pour preuve de cette vérité, dit-il en tirant l'émeraude de dessous son chevet, c'est que j'épouserai la personne à qui cette bague ira, quelle qu'elle soit ; et il n'y a pas apparence que celle qui aura ce joli doigt soit une rustaude ou une paysanne. »
De plumes et de pages 6e, Magnard, 2025, p. 64-65.
Lisez le texte dans votre manuel numérique.
Activité 2 - Comprendre
Activité 3 - Repérer et interpréter
Activité 4 - Faire le bilan
Dans cet extrait, Peau d'Âne cherche à se faire reconnaître sans révéler son identité. Elle glisse sa bague dans le gâteau — mais le conteur ne dit pas si c'est volontaire ou par maladresse. C'est au lecteur de conclure qu'elle a agi exprès. Le conteur sème des indices sans tout dire : il guide le lecteur vers sa propre conclusion.