Lecture 4 – La maladie d'amour

p. 64-65
Compétences
Objectifs
Problématique

Activités

Rappels

Mots des séances précédentes
Le début du conte, avant que les problèmes commencent. Tout semble en ordre.
L'événement qui vient tout changer et mettre le héros en danger.
Les épreuves que traverse le héros pour résoudre son problème.

Activité 1 - Lire le texte

Avant la lecture
En lisant ce texte, demandez-vous : que fait le prince pour retrouver celle qu'il aime ?

Écoutez la lecture audio du texte dans votre manuel numérique.

La maladie d'amour

À son retour dans le palais, le prince tombe malade de tristesse et demande à ses parents un gâteau fait par Peau d'Âne.

« Oui ma mère, je désire que Peau d'Âne me fasse un gâteau, et que, dès qu'il sera fait, on me l'apporte. »

La reine, étonnée de ce nom bizarre, demanda qui était cette Peau d'Âne. « C'est, madame, reprit un de ses officiers qui par hasard avait vu cette fille, c'est la plus vilaine1 bête après le loup ; une peau noire, une crasseuse, qui loge dans votre métairie et qui garde vos dindons. – N'importe, dit la reine ; mon fils, au retour de la chasse, a peut-être mangé de sa pâtisserie ; c'est une fantaisie de malade, en un mot, je veux que Peau d'Âne (puisque Peau d'Âne il y a) lui fasse promptement un gâteau. »

On courut à la métairie, et l'on fit venir Peau d'Âne, pour lui ordonner de faire de son mieux un gâteau pour le prince.

Quelques auteurs ont assuré que Peau d'Âne, au moment que ce prince avait mis l'œil à la serrure, les siens l'avaient aperçu : et puis, que regardant par sa petite fenêtre, elle avait vu ce prince si jeune, si beau et si bien fait, que l'idée lui en était restée, et que souvent ce souvenir lui avait coûté quelques soupirs. Quoi qu'il en soit, Peau d'Âne l'ayant vu, ou en ayant beaucoup entendu parler avec éloge, ravie de pouvoir trouver un moyen d'être connue2, s'enferma dans sa chambre, jeta sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, se coiffa de ses blonds cheveux, mit un beau corset d'argent brillant, un jupon pareil, et se mit à faire le gâteau tant désiré : elle prit de la plus pure farine, des œufs et du beurre bien frais. En travaillant, soit de dessein3 ou autrement, une bague qu'elle avait au doigt tomba dans la pâte, s'y mêla ; et dès que le gâteau fut cuit, s'affublant de son horrible peau, elle donna le gâteau à l'officier qui courut chez le prince lui porter ce gâteau.

Le prince le prit avidement des mains de cet homme, et le mangea avec une telle vivacité, que les médecins, qui étaient présents, ne manquèrent pas de dire que cette fureur n'était pas un bon signe : effectivement, le prince pensa s'étrangler par la bague qu'il trouva dans un des morceaux du gâteau ; mais il la tira adroitement de sa bouche : et son ardeur à dévorer ce gâteau se ralentit, en examinant cette fine émeraude, montée sur un jonc d'or, dont le cercle était si étroit, qu'il jugea ne pouvoir servir qu'au plus joli doigt du monde.

Il baisa mille fois cette bague, la mit sous son chevet, et l'en tirait à tout moment, quand il croyait n'être vu de personne.

Le tourment qu'il se donna, pour imaginer comment il pourrait voir celle à qui cette bague pouvait aller ! La fièvre le reprit fortement ; et les médecins, ne sachant plus que faire, déclarèrent à la reine que le prince était malade d'amour.

La reine accourut chez son fils, avec le roi, qui se désolait : « Mon père et ma mère, leur dit-il, je n'ai point dessein de faire une alliance qui vous déplaise4 ; et pour preuve de cette vérité, dit-il en tirant l'émeraude de dessous son chevet, c'est que j'épouserai la personne à qui cette bague ira, quelle qu'elle soit ; et il n'y a pas apparence que celle qui aura ce joli doigt soit une rustaude ou une paysanne. »

D'après Charles Perrault, Contes, « Peau d'Âne », 1694.
De plumes et de pages 6e, Magnard, 2025, p. 64-65.
1. vilaine : voir Histoire d'un mot (l'adjectif vilain signifiait au départ « paysan »). 2. connue : reconnue pour qui elle est, c'est-à-dire une belle princesse. 3. de dessein : volontairement. 4. une alliance qui vous déplaise : un mariage que vous n'approuveriez pas.

Lisez le texte dans votre manuel numérique.

Activité 2 - Comprendre

1. Que demande le prince à sa mère, et pourquoi est-elle étonnée ?
Le prince demande un gâteau fait par Peau d'Âne. La reine est étonnée parce que Peau d'Âne est décrite comme une souillon qui garde des dindons — pas du tout quelqu'un dont on attendrait de la pâtisserie.
2. Comment Peau d'Âne se prépare-t-elle avant de faire le gâteau ?
Elle se débarrasse de sa peau d'âne, se lave, se coiffe, et met de beaux vêtements. Elle redevient la princesse qu'elle est vraiment avant de se remettre au travail.

Activité 3 - Repérer et interpréter

Cherchez une phrase qui commence par « Quelques auteurs… » et une phrase qui commence par « Quoi qu'il en soit… ». Le conteur raconte-t-il ou commente-t-il ?
Le conteur interrompt son récit à deux reprises. D'abord avec « Quelques auteurs ont assuré que… » : il signale qu'il existe plusieurs versions de l'histoire. Puis avec « Quoi qu'il en soit… » : il reprend le récit en laissant de côté ce doute. Le conteur ne raconte pas seulement — il commente et s'adresse directement au lecteur.

Cherchez la phrase avec les mots « soit de dessein ou autrement ». « De dessein » signifie volontairement. Le conteur est-il certain de ce qui s'est passé ?
Le conteur suppose que la bague est tombée soit volontairement, soit par maladresse : « soit de dessein ou autrement, une bague qu'elle avait au doigt tomba dans la pâte ». Il laisse planer le doute — mais comme Peau d'Âne cherchait « un moyen d'être connue », il est probable qu'elle l'a glissée dans la pâte exprès.

Cherchez la phrase où le prince examine la bague et juge de sa taille. Qu'est-ce que la taille de la bague lui apprend sur la jeune fille ?
Le prince s'arrête de manger et examine la bague avec attention. Il comprend qu'elle ne peut appartenir qu'à une jeune fille noble et belle, car « le cercle était si étroit, qu'il jugea ne pouvoir servir qu'au plus joli doigt du monde ». C'est cette découverte qui le pousse à vouloir retrouver celle à qui elle appartient.

Activité 4 - Faire le bilan

4. Le conteur nous dit-il clairement ce que veut Peau d'Âne, ou nous laisse-t-il deviner ?
Le conteur sème des indices sans tout révéler : la bague tombe « soit de dessein ou autrement » — volontairement ou par maladresse. En laissant cette question ouverte, il guide le lecteur vers sa propre conclusion : Peau d'Âne a agi exprès pour se faire reconnaître.
Bilan :
Dans cet extrait, Peau d'Âne cherche à se faire reconnaître sans révéler son identité. Elle glisse sa bague dans le gâteau — mais le conteur ne dit pas si c'est volontaire ou par maladresse. C'est au lecteur de conclure qu'elle a agi exprès. Le conteur sème des indices sans tout dire : il guide le lecteur vers sa propre conclusion.

Activité 5 - Observer une photographie
de mise en scène

Du texte à la scène
Marie Oppert (Peau d'Âne) dans Peau d'Âne, mise en scène d'Emilio Sagi, au théâtre Marigny, en 2019.
Observez la photographie de mise en scène de Peau d'Âne ci-dessus : est-elle fidèle à l'histoire ?
La mise en scène est partiellement fidèle à l'histoire : Peau d'Âne porte bien sa robe couleur de soleil, mais contrairement au conte, où elle « jeta sa vilaine peau », l'actrice garde la peau de l'âne par-dessus la robe. En revanche, le décor correspond bien à la pauvre chambre où vit l'héroïne, ce qui respecte le texte.